Une discipline « vraiment internationale » :

Adverbes, idéaux et réinvention des mathématiques internationales (1920-1950)

Michael J. Barany (trad. Pierre Verschueren)

Author and translator's preprint of chapter published in Le Monde des mathématiques, ed. Pierre-Michel Menger and Pierre Verschueren. Seuil, 2023, pp. 659-721; translation derived from Barany, A "Truly International" Discipline: Adverbs, ideals, and the reinvention of international mathematics, 1920-1950. Isis 114(4), 791-816. doi:10.1086/727706 (c) History of Science Society 2023.

Introduction : Un mot vide de sens

Les mathématiques n’ont rien d’intrinsèquement international. Comme domaine de connaissances et comme communauté scientifique, elles sont à la fois trop petites et trop grandes pour cette échelle. Le mathématicien américain Oswald Veblen, présidant la cérémonie d’ouverture du Congrès international des mathématiciens (International congress of mathematicians, ICM) de 1950, fait ainsi remarquer que « les mathématiques sont terriblement individuelles », qu’elles sont une science à l’échelle de « l’esprit individuel » dont « la communication optimale ne peut se faire qu’à destination de très peu d’autres individus ». Mais dans le même temps, affirme Veblen, les mathématiques « transcendent toutes sortes de différences politiques, raciales et sociales et concentrent leur attention sur un sujet d’intérêt universel »1. L’échelle internationale, celle des nations et des relations qui les unissent, se trouve dès lors dans une position instable, à mi-chemin entre les pratiques individuelles et les idéaux universels qui caractérisent les mathématiques, pour Veblen et pour beaucoup d’autres.

Les mathématiciens n’en ont pas moins imaginé leur discipline comme internationale. Selon le secrétaire du Congrès de 1950, John R. Kline, l’organisation de l’ICM dans le sillage tumultueux et incertain de la Seconde Guerre mondiale est guidée par un principe central : assurer « que le rassemblement [puisse] être vraiment [truly] international »2. Cette expression, « vraiment international », figure de fait en bonne place dans la rhétorique développée pendant les préparatifs du congrès. Politiquement et idéologiquement, l’expression fait le lien entre les efforts des organisateurs et leurs jugements rétrospectifs sur la tumultueuse période de l’entre-deux-guerres. En pratique, elle joue le rôle d’un outil utilisé avec emphase et ambiguïté pour surmonter les obstacles importants que rencontrent leurs efforts pour accueillir et organiser un congrès international et, ce faisant, établir la base institutionnelle de la coopération internationale après la guerre.

Les obstacles concrets sont alors multiples : lacunes majeures dans le financement, problèmes de circulation de l’information, refus de visas et menaces de boycotts en représailles, obstacles bureaucratiques et récriminations politiques concernant autant le passé que le présent. Alors qu’une crise se profile, provoquée par le refus du gouvernement des États-Unis d’accorder certains visas, Henri Cartan, bientôt président de la Société mathématique de France, écrit à son collègue allemand Heinz Hopf, basé à Zurich, pour encourager ses collègues mathématiciens européens à manifester leurs inquiétudes au sujet de « l’universalité du congrès »3. Cartan affirme : « je crois que tous les mathématiciens désirent que ce congrès soit vraiment international », mais estime que cela sera impossible si des critères « non scientifiques » (et même « saugrenus »), tels que la possibilité d’obtenir un visa, devaient dicter la participation. Selon Cartan, « la collaboration scientifique internationale » risque dans ce cas de devenir « un mot vide de sens ».

Étudier comment les mathématiciens ont donné du sens au mot « international », comment ils ont construit, mais aussi contesté ces significations, permet d’observer une transformation cruciale, touchant les échelles vécues et imaginées de l’activité mathématique au XXe siècle. En se concentrant sur l’effort américain pour accueillir le congrès de 1950, après deux tentatives antérieures avortées à partir de 1920, cet article se propose de suivre la rhétorique « vraiment internationale » des organisateurs et de leurs interlocuteurs. Ce faisant, il entend retracer l’évolution du statut et des implications de la coopération et du leadership internationaux au cours d’une période charnière pour les valeurs et les institutions internationales, dans et au-delà de la science proprement dite4. Cette rhétorique s’avère être d’une importance majeure, par ce qu’elle permet de déclarer directement, mais aussi par ce qu’elle permet de laisser implicite, ambigu et indécis. En mobilisant des sources issues des centres et des périphéries du monde mathématique, il s’agit de montrer la place laissée aux accommodements et aux hiérarchisations par ces discours chargés de non-dits, ainsi que leurs effets durables.

Après avoir resitué les efforts internationaux des mathématiciens dans l’historiographie plus large de l’internationalisme, cet article revient sur l’histoire des congrès internationaux des mathématiciens depuis la toute fin du XIXe siècle, en soulignant les aspects qui pèseront le plus sur l’organisation et la rhétorique du congrès de 1950. Il s’agit ensuite de détailler les manœuvres organisationnelles et discursives qui ont mené au congrès de 1950, parallèlement aux efforts de rétablissement d’une Union mathématique internationale On se concentrera sur le rôle joué par les asymétries d’information, les ambiguïtés, la diversité des projets des acteurs – toutes choses qui entraînent des conséquences sur la réalisation logistique et idéologique de ces entreprises, marquées par les compromis et les accommodements qui apparaissent dans cette version d’une discipline « vraiment internationale » claironnée par Veblen, Kline et leurs compatriotes en 1950.

1. La grammaire et l’idéologie de l’internationalisme

Depuis son apparition à la fin du XVIIIe siècle, l’adjectif « international » est devenu un signifiant politique particulièrement large5. Le substantif correspondant, « internationalisme », date du milieu du XIXe siècle.  En compagnie d’une litanie d’adjectifs, il devient un mot d’ordre déterminant du XXe siècle, associé à bon nombre de ses tensions, triomphes et calamités les plus importantes. La fin de la guerre froide permet un renouvellement historiographique, reposant la question des promesses, des limites et des ambiguïtés de plus d’un siècle d’internationalismes variés dans le contexte des guerres, de la mondialisation, du colonialisme et d’autres phénomènes emblématiques de ce qu’on peut appeler la « global modernity »6. Cette historiographie a particulièrement attiré l’attention sur les racines complexes et les rôles multiples des nouvelles organisations internationales apparues au XXe siècle, intergouvernementales et non gouvernementales ; leurs forces et leurs ambitions ont de fait contribué à définir les imaginaires politiques, sociaux et culturels, considérablement élargis, de l’époque7.

Ces organisations sont rapidement entrées en relation avec des institutions scientifiques (y compris de nouvelles institutions internationales), en apportant leur soutien ; les connaissances et les valeurs prétendument universelles de ces dernières sont en retour devenues un modèle et un moyen de transcender les particularismes nationaux, du moins en principe. Les historiens des sciences ont, en conséquence, contribué à l’historiographie de l’internationalisme en mettant l’accent sur les enjeux pratiques, intellectuels et idéologiques de ces dépassements des contextes locaux8. Les configurations du pouvoir et du savoir aux échelles internationales, transnationales, impériales et globales ont structuré la façon dont les scientifiques ont pu poursuivre leurs activités, le rôle qu’elles ont pu jouer et le sens qui leur a été attribué9. Dans les contextes nationaux, ils ont pu revendiquer ou contester l’internationalisme, en parallèle à d’autres thèmes comme la neutralité, dans des contextes qui ont pu être tout sauf neutres10. De même, la science a été au cœur de l’histoire internationale et globale de l’articulation des différences entre nations et entre races et de la production des inégalités entre lesdites nations et races11.

À chaque fois, l’internationalisme (comme substantif) et l’international (comme adjectif) se sont avérés d’autant plus convaincants que l’ambiguïté de leur usage était maximale. L’internationalisme est un levier puissant parce qu’il peut signifier énormément de choses en termes généraux tout en en impliquant très peu dans les détails. Par conséquent, les historiens ont pu en apprendre beaucoup sur les événements majeurs du XXe siècle en se demandant ce que les acteurs prétendaient signifier lorsqu’ils invoquaient l’internationalisme. Mais la multiplicité des significations n’est qu’une partie de ce qui rend efficaces des termes aussi ambigus : il faut aussi prendre en compte les cas où leur pouvoir est liée à l’absence même de sens. La question est de savoir ce que leur usage permet à leurs utilisateurs d’omettre, et comment ces omissions peuvent reconfigurer le champ des possibles. La force de cette double sémiotique – du sens et de son évitement – devient d’autant plus évidente qu’on s’intéresse aux adverbes qui accompagnent et modulent l’usage de ces termes, en particulier l’adverbe « vraiment », comme dans « vraiment international ».

« Vraiment » est un adverbe d’intensité, signalant l’authenticité extrême sans pour autant préciser ce qui la garantit – en fait, impliquant souvent que cette garantie va de soi. L’incorporation emphatique de l’adverbe dans le discours « international » coïncide approximativement, et ce n’est pas une coïncidence, avec la formulation idéologique de l’internationalisme comme substantif. À partir du milieu du XIXe siècle, l’expression « vraiment international » parsème les discussions sur le droit, le commerce, les sports et les arts, le plus souvent comme une vantardise ou un vœu. À la fin du siècle, la locution apparaît dans des écrits concernant les organisations internationales, les politiques qu’elles mènent, leurs projets, y compris lorsqu’elles se consacrent à la science et à la médecine. « Vraiment international » continue à marquer le discours sur les valeurs, et caractérise les ambitions de la première moitié du XXe siècle, au cours d’une période débordante d’aspirations et de contestations internationales.

Si les sciences constituent une incarnation de l’idéal universaliste aux yeux d’institutions internationales de toutes sortes, les mathématiques se démarquent comme tout particulièrement universelles, voire sans limites spatiales. Une telle image, bien sûr, connaît de longue date des contestations, à l’intérieur et au-delà des limites disciplinaires des mathématiciens12. Pourtant, alors que les mathématiciens prennent part au renforcement des institutions internationales du XXe siècle, l’universalité présumée de leur travail et de leur domaine de recherche est rarement remise en question. Malgré cela (et à certains égards à cause de cela), ceux d’entre eux qui aspirent alors à créer des liens internationaux doivent lutter ardemment pour consolider et reconsolider les institutions qui leur permettraient de le faire13. La recherche mathématique ne voyage pas aussi bien que les promoteurs de son internationalité ont tendance à l’imaginer, et elle ne fournit pas non plus une base aussi évidente de solidarité et d’initiative commune qu’ils ont tendance à le supposer14. Relier entre elles de nombreuses communautés locales de scientifiques dans quelque chose qui se rapprocherait d’une discipline internationale est un travail difficile, précaire et incertain.

À chaque tournant historique, l’étroite élite mathématique qui cherche à consolider les structures internationales de la discipline s’est tournée vers le « vraiment international » pour naviguer entre les impératifs jumeaux de l’inclusion et de la non-exclusion15. L’inclusion correspond à la participation de nombreuses nations en tant que telles, même si la portée imaginée de cette multiplicité varie, de même que le cercle des entités territoriales pouvant être considérées comme des nations. La non-exclusion, à l’inverse, signifie que les individus ou les organisations ne doivent pas être exclus sur la base de critères nationaux – bien que ces critères se confondent souvent dans d’autres desiderata. Ces deux grandes conceptions du rôle du national dans les mathématiques internationales admettent de nombreuses variations aux implications subtiles et importantes, sur le plan pratique et idéologique.

2. Une série interrompue

Les mathématiciens commencent à organiser des congrès délibérément qualifiés d'« internationaux » à la toute fin du XIXe siècle, suivant en cela d’autres mouvements internationaux dans les sciences, l’industrie et le sport16. La taille modeste de ces premières réunions rappelle à quel point le monde des mathématiques professionnelles est alors de petite taille : quatre Européens de passage à l’Exposition universelle de 1893 à Chicago suffisent aux mathématiciens américains pour organiser une réunion appelée « Congrès mathématique international »17. Cette désignation semble être restée largement ignorée : ce congrès n’est pas intégré à la série régulière des congrès internationaux de mathématiciens inaugurée peu de temps après ; du moins jusqu’à ce que les organisateurs américains de l’ICM de 1950 n’en fassent, a posteriori, un précurseur de leur propre manifestation18.

En comparaison, le Congrès international des mathématiciens de 1897 à Zurich, en Suisse, paraît majestueux. Adoptant une coutume issue de rassemblements internationaux non mathématiques, poursuivie sous une forme ou une autre par les congrès ultérieurs, les actes de l’ICM de Zurich lisent les 242 participants officiels, indiquent pour chacun leur nation – 16 au total –, et donnent des statistiques agrégées sur le nombre d’hommes et de femmes de chaque nationalité19. Les actes du congrès suivant, organisé à Paris, comprennent les mêmes indications de nationalité, mais sans tableau récapitulatif ; par la suite, les actes proposent à nouveau de tels tableaux, mais en répartissant les nationalités par statut (congressiste ou membre de la famille accompagnant) et non par sexe – ce qui est important dans la mesure où la colonne « Damen » des actes de Zurich comprend des mathématiciennes professionnelles, mais aussi des femmes accompagnant des membres de leur famille. Chaque congrès a ainsi sa façon propre de délimiter, nommer et agréger les groupes nationaux, certaines participations symboliques ou certains expatriés pouvant servir à gonfler l’apparence d’internationalité– de fait, les listes et les totaux ne correspondent pas nécessairement à la fréquentation réelle20.

Ces réserves faites, les données tirées des actes des ICM permettent de souligner les limites de ce qui est alors considéré comme international en mathématiques (tableau 1). À Zürich en 1897, deux participants sur sept viennent du pays hôte, et la plupart des autres proviennent des États voisins – on est loin d’un congrès réunissant  « les mathématiciens de tous les pays du monde », comme l’ont prétendu ses organisateurs21. La participation totale augmente à Paris en 1900, Heidelberg en 1904 et Rome en 1908, mais le même tout petit nombre de pays d’Europe occidentale continue à dominer la fréquentation, le pays d’accueil représentant la majeure partie des participants22. Le congrès de 1912 à Cambridge, en Angleterre, rompt avec ce schéma, dans une certaine mesure : la participation britannique et américaine augmente, sans surprise, et pour la première fois plus de 10 nations ont plus de 5 participants– mais une écrasante majorité continue à provenir du pays organisateur et des pays voisins23. La géographie et la langue continuent ainsi à diviser la discipline plus que ne l’unissent la pratique commune d’une science, ou des valeurs universelles.

Tableau 1 : Participants aux cinq premiers congrès internationaux des mathématiciens (1897-1912), par pays et régions

Ville hôte Zurich Paris Heidelberg Rome Cambridge
Année 1897 1900 1904 1908 1912
France 23 (6) 89 24 (5) 63 (29) 39 (6)
Italie 20 (5) 23 12 (2) 190 (23) 35 (6)
Allemagne 41 (12) 24 173 (31) 120 (54) 53 (17)
Suisse 60 (8) 7 12 (1) 16 (2) 8 (2)
Grande-Bretagne 3 12 7 (1) 22 (11) 221 (49)
Pays scandinaves 13 (1) 11 21 (9) 10 (5) 19 (5)
Autriche-Hongrie 17 (3) 9 25 (3) 51 (23) 36 (6)
Russie 12 (1) 14 30 (4) 19 (6) 30 (10)
Reste de l’Europe 9 (1) 27 13 23 (1) 51 (6)
États-Unis 6 (1) 19 15 (4) 16 (11) 60 (27)
Canada 0 1 1 1 5
Amérique Latine 0 5 1 1 9
Reste du monde 0 3 2 3 8

Tableau 1b : Résumé de la participation selon certaines mesures de distance et de diversité.

Total des participants 204 (38) 244 336 (60) 535 (165) 574 (134)
Pourcentage de participants issus du pays hôte 28% 36% 52% 30% 28%
Pourcentage de participants issus de Suisse et des pays voisins 81% 62% 73% 82% 29%
Pourcentage de participants. hors Europe et Etats-Unis 0% 4% 1% 0.7% 3%
Nombre total de nations 16 29 19 22 28
Nations non-mineures 8 9 10 10 13

Sources : Tableaux récapitulatifs des actes des congrès (pour Paris, les chiffres sont calculés par l’auteur). Le nombre de participants indiqués comme accompagnants (ou « Damen » à Zürich) est indiqué entre parenthèses. Les « nations non-mineures » sont celles qui comptent plus que cinq participants24.

Le mathématicien suédois Gösta Mittag-Leffler représentait une rupture plus forte encore lorsqu’il propose la tenue du congrès de 1916 à Stockholm, centre d’une communauté mathématique scandinave à la construction de laquelle il a activement participé25. En conclusion du congrès de Cambridge, Mittag-Leffler déclare son espoir que le congrès qui vient de s’achever « ne sera rien d’autre qu’une étape dans une série ininterrompue de congrès similaires, renouvelés tous les quatre ans »26. Lorsque la Grande Guerre interrompt les projets de Mittag-Leffler, il persiste et organise malgré tout un congrès croupion, avec une participation non suédoise minimale par la force des choses27. Comme ses homologues scientifiques et politiques, Mittag-Leffler espère alors que le maintien d’une neutralité précaire en temps de guerre permettra aux institutions suédoises de maintenir des liens avec les belligérants des deux camps lorsque les combats cesseront28.

À la fin de la guerre, les mathématiciens se trouvent de fait à la croisée des chemins : il s’agit soit de reprendre les « mathématiques internationales » là où elles en étaient avant la guerre, ou bien de prendre une nouvelle direction. Mittag-Leffler se fait le défenseur le plus virulent de la première option. Dès l’armistice, il plaide pour Stockholm, plaçant son projet dans la série des congrès passés avec l’idée que si celle-ci a été interrompue, elle peut encore reprendre29. Le camp rival est dirigé par le mathématicien français Émile Picard, qui a perdu son fils au front et qui, en tant que secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, est devenu l’un des principaux défenseurs d’un nouvel ordre scientifique international, rejetant « la barbarie allemande, toute savante qu’elle soit »30 et voulant limiter l’influence des nations neutres ayant soutenu les puissances centrales.

Au cours d’une série de réunions d’après-guerre entre Alliés, l’approche de Picard devient le fondement d’une nouvelle institution, le Conseil international de recherches (International Research Council, IRC). Associé à des mathématiciens français et belges, il obtient l’organisation du congrès international de 1920 dans la ville de Strasbourg, nouvellement réunie à la France31. Suivant le règlement de l’IRC, les Français interdisent de participation les membres des anciennes puissances centrales et n’envoient que des invitations personnelles à des « savants des pays alliés et amis »32. Mittag-Leffler s’indigne de ce contournement de Stockholm et soutient, même après 1920, que le congrès de Picard pourrait être récusé a posteriori, Stockholm prenant la suite directe de Cambridge33. De nombreux mathématiciens partagent en outre l’opposition bruyante manifestée par le Suédois à l’encontre de l’exclusion des collègues allemands34.

Pour Picard, les positions de Mittag-Leffler manquent complètement l’essentiel : « Des crimes sans nom vont laisser dans l’histoire des nations coupables une tache, que des signatures au bas d’un traité de paix ne sauraient laver », déclare-t-il lors de la cérémonie de clôture du congrès de Strasbourg, « Aussi devrons-nous abandonner les anciennes associations internationales et en créer de nouvelles »35. Dans cette optique, il cimente le lien entre les congrès internationaux et le système d’exclusion de l’IRC en fondant, pendant le congrès de 1920, une nouvelle Union mathématique internationale. L’internationalisme de Picard est ainsi un internationalisme « d’alliés et d’amis » se retrouvant dans de nouvelles organisations pour faire avancer la cause de la civilisation. Là où Picard définit son internationalisme par qui il inclue, Mittag-Leffler défend une norme opposée où l’absence d’exclusion formelle fait toute la différence. Ces visions concurrentes tracent les contours du conflit fondamental qui marque les mathématiques internationales de l’entre-deux-guerres.

3. Une candidature différée

Fondée en 1888, l’American Mathematical Society (AMS) est dès sa création orientée en grande partie vers l’Europe36. Les mathématiciens américains mettent alors l’accent sur les liens transatlantiques, qui se manifestent par l’importance de la formation dans des institutions européennes (en particulier allemandes), des voyages, des correspondances et de la participation à des congrès organisés en Europe. Au congrès de Strasbourg, Leonard E. Dickson, de l’université de Chicago, et Luther Eisenhart, de l’université de Princeton, saisissent l’occasion offerte de marquer le rôle croissant des Américains sur la scène internationale en proposant d’organiser le congrès de 1924 à New York – apparemment sans avoir obtenu le soutien de leurs collègues et compatriotes au préalable37. Leur candidature, acceptée à Strasbourg, place les Américains au cœur de la controverse sur la politique d’exclusion de l’IRC, enjeu qui s’ajoute aux difficultés financières, logistiques et politiques qu’impliquent l’organisation d’un congrès, à un océan d’écart des centres européens de la discipline.

Cette tension se manifeste dans leurs adverbes. Après le congrès de Strasbourg, Dickson rend visite à un collègue d’Oxford, Godfrey H. Hardy, qui rapporte par la suite à Mittag-Leffler que les Américains s’attendent à ce que la ligne dure des Français s’adoucisse en 1924, et qu’ils pourront accueillir un congrès « véritablement [genuinely] international »38. En 1922, Dickson continue d’affirmer qu’« il est souhaitable d’avoir un congrès vraiment [truly] international », et le secrétaire de l’American Mathematical Society, Roland G.D. Richardson, déclare que les Américains « devraient espérer pouvoir organiser un congrès d’un caractère réellement [really] international »39. Mais les organisateurs potentiels constatent rapidement que les politiques de l’IRC et de l’IMU s’avèrent moins souples que prévu, et en 1922 attribuent à ces restrictions leur incapacité à trouver une base financière au congrès40.

Le mathématicien canadien John C. Fields, dépourvu des scrupules de Dickson au sujet de l’exclusion allemande, et désireux de capitaliser sur la solidarité des Français envers un pays au tiers francophone, se jette dans la mêlée et, à la fin de 1922, obtient les engagements financiers et institutionnels nécessaires pour déplacer le congrès de 1924 à Toronto41. Le congrès de Fields se clôt même sur un excédent financier – qui constitue la somme de départ permettant la création des médailles qui à terme porteront le nom de Fields. Mais sous tous les autres aspects il tombe à plat, n’attirant qu’une participation transatlantique limitée, complétée par des contributions in abstentia42. Le congrès de Toronto se conclut même sans qu’il soit tranché entre les candidatures concurrentes de Stockholm et Bologne pour 1928. Si ce sont les défenseurs de Bologne qui finalement l’emportent, ils offrent à Mittag-Leffler, en guise de lot de consolation, l’honneur de présider « le premier congrès vraiment international de mathématiciens » depuis la guerre – mais le suédois décède avant d’avoir pu remplir cet office43.

Dans le même temps, le soutien à la politique d’exclusion de l’IRC semble s’effriter, dans le cadre d’un réexamen plus large de l’exclusion des puissances centrales dans et au-delà du champ scientifique. L’American Mathematical Society se joint à un chœur de plus en plus sonore appelant à la fin officielle de l’exclusion des puissances centrales ; de fait, cette règle frôle l’abrogation dès 1925, « afin que l’adhésion à l’Union puisse être entièrement [entirely] internationale »44. Ici, « entièrement » rejoint « véritablement » et « vraiment » parmi les adverbes emphatiques utilisés par les Américains pour défendre un internationalisme compatible avec la participation allemande. L’IRC abroge officiellement la politique d’exclusion dans le courant de l’année 1926, parallèlement à l’admission de l’Allemagne à la Société des Nations, entrée en vigueur le 14 septembre ; mais les scientifiques allemands ne se précipitent pas pour rejoindre une organisation qui les a jusque-là rejetés45. Les mathématiciens allemands ne font de fait pas partie de l’IMU avant 1928 ; leur forte participation au congrès de Bologne, où ils constituent la plus grande délégation étrangère, oblige même les organisateurs à refuser de se plier à une décision du secrétaire général de l’IMU, Gabriel Koenigs, un Français allié de Picard46.

Pour ce que l’historien peut parvenir à en savoir, alors que le contexte d’organisation et de participation évolue si rapidement, la fréquentation des congrès de l’entre-deux-guerres poursuit la plupart des tendances d’avant-guerre (tableau 2.a). Les ressortissants des pays hôtes et leurs voisins constituent toujours une majorité significative des personnes présentes, à l’exception du congrès d’Oslo de 193647. Si l’on étudie la distribution de la taille des cohortes de participants (tableau 2.b), on observe une répartition relativement égalitaire du nombre de petites et de grandes délégations en Europe, une prépondérance des petits contingents dans le reste du monde – excepté à Strasbourg, où toutes les délégations sont un peu plus petites, et à Toronto, où l’Europe se comporte comme les autres pays, avec un nombre comparativement plus petit de gros contingents. Les congrès de Bologne de 1928 et de Zurich de 1932 sont les plus divers en termes de nationalités, mais une partie de cette diversité est due au plus grand nombre de nations distinctes pouvant être comptabilisé en Europe après le traité de Versailles.

Tableau 2.a : Participants aux congrès internationaux des mathématiciens de l’entre-deux-guerres (1920-1936) par pays et régions

Ville hôte Strasbourg Toronto Bologne Zurich Oslo
Année 1920 1924 1928 1932 1936
France 80 (32) 24 (3) [18] 56 (35) 69 (20) 28 (13)
Italie 5 (2) 11 (1) [3] 336 (76) 64 (17) 5 (2)
Allemagne 76 (30) 118 (24) 35 (2)
Benelux 15 (5) 10 (2) [2] 19 (10) 23 (2) 24 (7)
Suisse 14 (3) 4 [1] 29 (19) 144 (41) 20 (11)
Grande-Bretagne 9 (2) 58 (20) [13] 47 (17) 37 (12) 48 (18)
Pays scandinaves 8 (3) 11 [4] 23 (12) 23 (9) 116 (41)
Autriche et Hongrie 31 (10) 22 (3) 15 (3)
Russie 1 (1) 4 [10] 27 (3) 10 (2) 11
Pologne 2 2 [1] 31 (10) 20 (2) 25 (4)
Reste de l’Europe 38 (5) 15 (2) [6] 69 (23) 48 (11) 45 (16)
États-Unis 11 (4) 191 (64) [15] 52 (24) 66 (36) 86 (56)
Canada 1 107 (7) [4] 4 (3) 2 7 (6)
Amérique latine 9 3 (1) [2] 10 (2) 1
Asie et Pacifique 6 4 [2] 16 (4) 8 (4) 9
Afrique et Moyen Orient 1 [1] 10 (2) 12 (3) 13 (3)
Pays voisins du pays organisateur 48 (11) 191 (64) [15] 182 (88) 261 (61) 105 (34)
Total des participants 200 (57) 444 (100) [82] 836 (280) 667 (186) 487 (182)
Nombre total de nations 27 27 [33] 36 35 36

Source : tableaux récapitulatifs des actes des congrès. Le nombre de participants indiqués comme accompagnants, et non membres, est indiqué entre parenthèses ; le nombre de membres intervenant in absentia à Toronto est indiqué entre crochets.48

Tableau 2.b : Taille des différents contingents nationaux aux congrès internationaux des mathématiciens de l’entre-deux-guerres (1920-1936)

Ville hôte Strasbourg Toronto Bologne Zurich Oslo
Année 1920 1924 1928 1932 1936
Euro RDM Euro RDM Euro RDM Euro RDM Euro RDM
1-5 participants 5 8 15 [14] 5 [10] 7 4 6 8 6 8
6-10 participants 7 1 2 [3] 0 [0] 3 4 6 2 5 1
11-20 particip. 4 1 1 [2] 0 [0] 7 1 6 0 6 1
21+ participants 1 0 2 [2] 2 [2] 9 1 6 1 8 1

Source : tableaux récapitulatifs des actes des congrès. Lecture : au congrès de Strasbourg, 5 pays européens ont envoyé entre un et cinq participants, 4 entre 11 et 20. Les chiffres prenant en compte les interventions in abstentia sont indiquées entre crochets pour Toronto.

Les mathématiciens américains viennent au congrès d’Oslo de 1936 déterminés à ne pas répéter les erreurs de leur précédente candidature. En l’absence des délégations italienne et soviétique, avec une participation allemande fortement réduite à la suite des pénuries de devises, et les autres délégations européennes n’étant guère moins frappées par les crises que connaît alors le continent, les Américains constituent alors le contingent national le plus nombreux49. En outre, les mathématiciens américains ont entre temps multiplié les soutiens potentiels, développé une infrastructure éditoriale qui commence à rivaliser avec celles de l’Europe et renforcé leurs bases institutionnelles grâce à des institutions comme le nouvel Institute for Advanced Study à Princeton, dans le New Jersey50. Ayant tiré les leçons de Strasbourg, Luther Eisenhart vient cette fois avec une proposition officiellement ratifiée par l’American Mathematical Society, en vue d’accueillir le Congrès de 1940 ; il la présente peu de temps après la dissolution de l’IMU par les mathématiciens assemblés – avec le soutien des Américains, qui la perçoivent comme ayant été un obstacle supplémentaire lors de leur première tentative51.

Alors que la situation en Europe continue de se détériorer, les organisateurs américains se concentrent surtout sur les défis logistiques d’une participation internationale52. Les conflits internationaux offrent ainsi au président du comité financier du congrès, Marston Morse, de l’Institute for Advanced Study, des arguments supplémentaires, alors qu’il sollicite le soutien d’organisations philanthropiques en faveur d’« une discipline totalement pacifique » (même s’il reconnaît les « difficultés politiques récentes » des mathématiciens)53. Les Américains cherchent à défendre des conceptions fondées sur la coopération pacifique, en écartant de l’histoire le camp de Picard. Ainsi, Marshall Stone, qui devient le principal organisateur de la nouvelle Union mathématique internationale d’après-guerre, estime en 1941 que l’IMU de Picard s’est dissoute parce que les mathématiciens s’opposaient à ses « origines et à son développement politiques », tandis que leur « coopération informelle, mais étroite » en dehors de l’Union leur donnait « toutes les raisons d’être satisfaits ».54

La montée en puissance de plus en plus alarmante du nazisme met cependant à rude épreuve cette posture des dirigeants américains, ce que montrent par exemple les réactions aux événements en Allemagne que l’on peut retrouver dans les archives de l’AMS55. Au moins un mathématicien allemand, Helmut Hasse, leur retourne leur formulation rhétorique préférée, implorant Marshall H. Stone d’être « vraiment [truly] impartial et donc véritablement [genuinely] international » plutôt que de soutenir unilatéralement les mathématiciens juifs révoqués56. L’invasion allemande de la Pologne convainc finalement l’AMS que le congrès espéré ne pourra avoir lieu : Morse devient président d’un Emergency Committee for the Congress, chargé de gérer un projet considéré comme mis entre parenthèses « jusqu’à un moment plus favorable »57.

4. Le circuit fermé des idéaux ouverts

Deux mois seulement après la fin des hostilités dans le Pacifique, Marston Morse écrit au Emergency Committee pour relancer l’organisation du congrès suspendu. De l’expérience du conflit sur l’emplacement et les conditions du congrès de 1920, le comité de Morse tire la conclusion que le droit d’accueillir le prochain congrès international des mathématiciens ne lui sera pas universellement reconnu. La poursuite du projet américain et l’éventualité de concurrences viables dépendent alors d’un grand nombre de questions en suspens, concernant le calendrier et l’organisation. Morse demande donc par courrier au comité de régler rapidement le plus grand nombre possible de ces questions, afin de prendre date pour le premier congrès international d’après-guerre.

L’amère leçon de la candidature de 1924, telle que tirée par le comité, est la suivante : la question de la participation allemande est une question de vie ou de mort pour un congrès international. D’où la question fondamentale posée par la lettre de Morse : « Faut-il faire le choix d’un congrès ouvert ? »58 La question est si délicate que Morse se demande si des collègues étrangers doivent même savoir qu’elle a été posée. Il sollicite alors discrètement les points de vue de quelques collègues éminents.

Le groupe dirigeant de l’AMS constitue un groupe très restreint, l’association dépendant dans les faits de leurs réseaux personnels. La plupart des membres du comité d’organisation du congrès de 1950 travaillent ainsi à une distance limitée de Princeton ou de Harvard, et la plupart des autres ont des liens directs avec ces institutions, où ils ont souvent été formés par exemple59. Bien que principalement nés aux États-Unis, les membres du conseil de l’AMS ont généralement longuement voyagé en Europe, ou y ont reçu leur formation scientifique ; on y trouve également des émigrés européens, arrivés pendant l’entre-deux-guerres et la Seconde Guerre mondiale60. Les effets de l’effort de guerre ont en outre encore resserré ce cercle déjà restreint61.

Les correspondants de Morse expriment un soutien unanime à l’idée d’un congrès ouvert, quelle que soit sa forme, mais estiment que leur point de vue pourrait ne pas être partagé à l’étranger. Le président de l’AMS, Theophil Hildebrandt, insiste sur le fait que le congrès devrait être « complètement international », avec des mathématiciens invités issus de tous les pays « quelles que soient leurs affiliations politiques ». En défendant « que la science n’est pas une affaire politique, mais en soi internationale », écrit-il, « nous contribuons à la possibilité d’une paix permanente »62. Ici, l’opposition qu’opère Hildebrandt entre le « politique » et l’« international » reflète un décalage : ce faisant, il assimile le « national » et le « politique » en identifiant identité nationale et appartenance à un système politique. En confondant des considérations « politiques » (au sens de politiques nationales) avec des considérations « politiques » (au sens de ses points de vue personnels, implicitement non scientifiques), Hildebrandt qualifie toute considération nationale de « politique », et ce faisant la disqualifie, hors de toute discussion scientifique.

Usant de ces mêmes termes sémantiquement ambigus, les dirigeants des mathématiques américaines dénoncent ou rejettent régulièrement les motivations « politiques » des autres, présentant leurs propres versions de l’internationalisme comme des corollaires inévitables de ce qu’est la science. Dans cet esprit, éviter les identifications politiques nationales signifie souvent éviter aussi les identifications politiques individuelles. Marshall Stone apporte ainsi son soutien à un congrès ouvert, à la condition que l’AMS ne lance que des invitations générales à « un rassemblement ouvert de mathématiciens », contrairement à l’approche personnelle de Picard invitant les « alliés et amis » en 192063. Les organisateurs du congrès adoptent finalement une ligne de conduite officielle consistant à utiliser des invitations générales et non individuelles, en grande partie pour éviter le problème de la meilleure façon d’inviter des délégués allemands64.

Pour renforcer ce consensus, les correspondants de Morse ajoutent progressivement des remarques faites par leurs contacts européens – qui, en raison de leurs liens avec ces Américains, sont d’emblée susceptibles de soutenir leur point de vue. Jean Dieudonné, éminent mathématicien français de la génération qui a émergé dans les années 1930, proclame son opposition à la présence de nazis – sans citer d’individus précis –, mais sans inimitié de principe pour autant envers les mathématiciens allemands ou japonais, convenant « qu’il ne devrait pas y avoir d’exclusion pour des raisons politiques » 65. Le conseil de la London Mathematical Society répond par la négative à « une demande de l’American Math. Soc. pour savoir s’il y aurait des objections à la présence de mathématiciens allemands au congrès international proposé pour 1948 »66. Un mathématicien suédois, Torsten Carleman, imagine que ses homologues suédois et norvégien approuveraient un congrès ouvert, et promet de sonder les esprits lors du prochain congrès scandinave67. Pendant l’été 1946, Morse d’ores et déjà peut coucher sur le papier son espoir qu’un congrès ouvert sera possible en 1949 ou 195068.

5. Questions auxiliaires

L’annonce en 1946 de la Fondation Rockefeller, indiquant qu’elle ne pourrait pas maintenir le financement promis de $7 500 au-delà de l’année 1950, fait subitement de cette date une échéance ferme69. L’assise financière du congrès étant encore incertaine, Morse ne peut pas se permettre de laisser expirer une part aussi importante des subventions obtenues. Son calendrier s’en trouve modifié : avant de fixer une date, il a jusque-là cherché à résoudre a priori le problème de la coopération soviétique, à obtenir le soutien de l’UNESCO et du Department of State, et défendu le principe d’une nouvelle Union mathématique internationale. Ces questions sont ainsi débattues lors d’une réunion au Department of State, en septembre 1946, entre Morse, Kline, Detlev Bronk (président du National Research Council et secrétaire aux Affaires étrangères de la National Academy of Science) et des personnalités clés du Department of State, y compris le chef de sa division des conférences internationales70. Avec le couperet annoncé par la Fondation Rockefeller, Morse ne peut désormais qu’espérer « qu’une annonce définitive concernant le congrès pourra contribuer à clarifier ces questions auxiliaires »71.

Le 28 octobre 1946, Hildebrandt assure Warren Weaver, l’agent de la Fondation Rockefeller responsable du dossier, que le prolongement de la subvention sera d’une grande aide pour organiser « un congrès dont le caractère international sera réel [real]», un congrès qu’il propose même désormais d’appeler provisoirement « le Congrès mathématique international de 1950 »72. L’Emergency Committee organise le renouvellement officiel de la proposition faite par l’université Harvard d’accueillir le congrès en 1940 à la nouvelle échéance de 195073. Cela permet au conseil de l’AMS d’approuver une date (du 30 août au 6 septembre 1950) et un lieu (Cambridge, Massachusetts) en avril 1947, et de prononcer la dissolution de l’Emergency Comittee en décembre suivant74.

Entre-temps le comité poursuit son activité à un rythme soutenu. Le jour même de la missive de la Fondation Rockefeller, Morse et Kline assistent à un symposium sur les relations internationales organisé par la National Academy of Science, qui révèle de nouvelles complications75. Désireux de tenir « un congrès vraiment [truly] international » qui évite le « caractère politique » de l’Union et des Congrès de l’entre-deux-guerres, Morse demande l’avis des autres délégués du symposium sur l’opportunité d’inclure d’anciens pays ennemis. Il apprend par exemple à cette occasion que l’Union internationale de chimie (IUC), dispose d’un vice-président russe, mais n’admet pas de participants allemands ou japonais.

Lors des discussions, le mathématicien français Gaston Julia manifeste en particulier son inquiétude, considérant la date de 1950 comme trop éloignée, tandis que son homologue tchèque Václav Hlavatý craint au contraire qu’il n’ait lieu trop précocement, empêchant une large participation. D’autres correspondances transatlantiques de l’année 1946 confirment que cette préoccupation n’est pas isolée ; un mathématicien britannique, Frank Smithies, doute par exemple « [qui]’il [soit] possible d’obtenir une participation internationale adéquate des mathématiciens à un congrès tenu dès 1948 »76. Julia explique qu’un voyage transatlantique peut désormais coûter plus de trois mois de salaire, un coût que les gouvernements européens ne sont pas en mesure de subventionner. D’un autre côté, les Américains ne peuvent pas venir en Europe, parce que les conditions nécessaires à l’organisation d’un congrès ouvert n’y sont pas réunies. Les Russes, note Hlavatý, peuvent difficilement être persuadés de venir en Tchécoslovaquie, et encore moins de se joindre à un congrès plus éloigné77. Tous espèrent que les mathématiciens allemands et japonais seront représentés et que les mathématiciens « convenables » recevront les subventions nécessaires au voyage. Dans le même temps, les restrictions pesant sur l’entrée aux États-Unis les rendent confiants dans l’idée que « les nazis notoires qui tenteraient d’assister au congrès » seraient dans l’incapacité de le faire78.

Morse se rend en France à l’automne 1946 ; il y rencontre des mathématiciens français, mais aussi Joseph Needham, qui est alors en train d’organiser l’implication de l’UNESCO dans la science internationale. Dans un échange de lettres antérieur, Needham avait salué le consensus de l’Emergency Committee « en faveur d’un congrès ouvert »79. L’approche de l’AMS, de l’avis de Needham, est réaliste pour 1949 ou 1950, mais doit tenir compte des expériences récentes des organisateurs de congrès internationaux confrontés à « la réticence des scientifiques des pays dévastés à s’associer à des scientifiques de pays anciennement membre de l’Axe, à moins que l’activité antifasciste de l’individu ne soit bien établie »80. Au cours d’un repas avec Needham, Morse discute du problème de la participation russe et allemande et de la possibilité d’un soutien de l’UNESCO pour les frais de voyage des organisateurs et des conférenciers invités81. Une réunion avec Émile Borel fait comprendre à Morse les difficultés que ses homologues français ont connues pendant la guerre, mais lui apprend aussi leur ouverture au principe d’une participation individuelle de mathématiciens anciens ennemis, et leur intérêt pour la formation rapide d’une nouvelle Union mathématique internationale. Dans un autre rapport sur son séjour à Paris, Morse suggère que le soutien des Français à l’UNESCO et une nouvelle IMU n’est pas une menace pour le projet américain, et il souligne que ceux-ci s’accordent sur l’idée « qu’une Union qui n’est pas vraiment [truly] internationale ne vaut pas grand-chose »82.

Jusqu’en octobre 1946, les correspondants de Morse fondent davantage leurs réflexions sur des extrapolations de leur expérience de l’entre-deux-guerres que sur les rares informations disponibles sur la situation présente, en Europe et au-delà. Ainsi, ils débattent de la question de l’inclusion internationale comme si elle était interchangeable avec celle de la non-exclusion des mathématiciens des pays vaincus. Sur ce point cependant, Morse et Kline rencontrent des informateurs européens qui leur suggèrent que l’inclusion et la non-exclusion seront plus compliquées qu’ils ne l’avaient supposé au premier abord. D’une part, l’objectif d’inclusion pourrait échouer en raison de la non-coopération ou de l’ingérence de gouvernements étrangers, ou encore de contraintes financières. La non-exclusion, quant à elle, en est venue de plus en plus à désigner la question des refus individuels que pourrait opposer le Department of State, plutôt que ceux que les mathématiciens eux-mêmes pourraient décider.

Les enjeux spécifiques de la participation soviétique apparaissent dans une lettre que Morse rédige à son retour du symposium parisien (mais qu’il ne semble pas avoir envoyée) à Sergeï Vavilov, président de l’Académie soviétique des sciences, dans laquelle il énumère une litanie de préoccupations touchant les voyages, les pénuries de logements et les délégués potentiels « nazis ou fascistes »83. Après discussions en comité, Morse réécrit la lettre pour y mettre en avant le principe d’ouverture, c’est-à-dire de non-exclusion des participants sur la base de critères nationaux, et cherche à assurer la participation inclusive du plus grand nombre possible de délégués. Alors que l’année 1946 touche à sa fin, Morse bute à nouveau sur cette seconde question, lorsque ses homologues de Princeton échouent, malgré le soutien du Department of State, à prendre contact avec de potentiels délégués soviétiques à une prestigieuse conférence en l’honneur du bicentenaire de l’université84. Le russe est bien ajouté officiellement aux langues officielles du congrès en 1948, mais cela traduit surtout le fait que les organisateurs tiennent désormais pour acquis le fait que la participation soviétique est à la fois souhaitable et improbable85. Les mathématiciens favorables au développement d’une communauté disciplinaire unique et mondiale ont alors de plus en plus de raisons de craindre que le monde mathématique ne soit clivé en deux.

L’accès aux écrits russes et aux mathématiciens soviétiques est donc un enjeu que Marshall Stone a tout à fait à l’esprit dans ses menées pour reconstituer le plus rapidement possible une Union mathématique internationale, effort qu’il poursuit par l’intermédiaire du Policy Comittee de l’AMS86. Au-delà de ce que peut promettre une IMU en termes d’infrastructure et de diplomatie scientifique, Stone insiste sur un objectif plus élevé, « d’un ordre psychologique plutôt que pratique ». Une nouvelle Union « donnerait une expression concrète au désir profond de coopération scientifique internationale et serait une étape d’une importance incalculable pour redonner aux mathématiques le caractère international dont elles jouissaient avant la guerre »87. En disant cela, Stone ne pense bien sûr pas au patchwork factieux de l’entre-deux-guerres, qui n’avait pas réussi à soutenir l’IMU précédente. Au contraire, le « caractère international » que Stone et son comité cherchent à « restaurer » est une fiction vigoureusement promue par Stone et ses collègues depuis que les Américains cherchent à accueillir le congrès international, en 193688. Ce faisant, ils reprennent à leur compte et adaptent les arguments de Mittag-Leffler et de ses alliés pour délégitimer Picard et le congrès de Strasbourg en affirmant que le véritable internationalisme des mathématiciens est ailleurs. Cette fiction survit en grande partie à ce jour dans une historiographie de « l’âge d’or » qu’aurait été le début du XXe siècle89.

Les œillères des élites de l’AMS concernant la politique des années 1920 et du début des années 1930 les amènent ainsi à proposer une image des mathématiques internationales nettement favorable à leurs objectifs d’après-guerre. Ainsi, lorsque le président américain de l’International Council of Scientific Unions suggère que la première IMU a été dissoute parce qu’elle semblait inutile, Morse ne tarde pas à le corriger, affirmant qu’elle a été abolie principalement en raison de son « caractère politique »90. Kline explique à un membre du conseil de l’AMS, Robert H. Cameron, que le leadership américain dans la reformation de l’Union est impératif si l’on souhaite éviter « les difficultés connues avec l’ancienne Union mathématique formée après la Première Guerre mondiale », soulignant qu’« elle avait alors été utilisée comme le “football” de la politique » et qu’il excluait les anciennes puissances centrales91. Dans un rapport de subvention, Kline assimile l’internationalisme inclusif du congrès prévu et celui de l’Union proposée, affirmant dans une paraphrase de Stone qu’ils doivent tout deux « être vraiment [truly] internationaux, représentant tous les groupes nationaux et géographiques »92. Un autre déplacement, crucial, se manifeste alors : si l’ancienne Union n’incluait pas toutes les nations parce que ses membres adoptaient des critères politiques d’exclusion, alors, à l’inverse, les défenseurs de la nouvelle Union peuvent revendiquer les vertus de l’inclusion universelle en se concentrant sur un objectif, comparativement étroit, de non-exclusion politique. Cette échappatoire rhétorique et idéologique s’avère particulièrement importante lorsque les obstacles à une adhésion généralisée s’accumulent.

6. Domination politique et culturelle

Lorsque la Société mathématique de France annonce son intention de tenir une réunion informelle à Paris, consacrée à la recréation d’une Union mathématique internationale, en juin 1947, Stone considère la proposition comme une menace directe pour l’hégémonie américaine, à ses yeux indispensable93. À cet égard, Stone est représentatif d’un large consensus au sein et au-delà du monde scientifique, qui voit le leadership américain comme une condition politiquement et économiquement vitale au maintien de la paix et au retour de la prospérité en Europe – et dans le monde dans son ensemble, dont l’Europe est encore le centre présumé94. Deux mois plus tôt, Stone affirme déjà qu’il « craint que l’activisme des Français en faveur de la formation d’une Union ait des motivations politiques » et vise à établir une « domination culturelle française ». Inversement, il estime que l’attitude non exclusive des Américains est largement partagée par les Britanniques et les Néerlandais95.

La SMF dispose d’un avantage géographique évident, que ses dirigeants tentent de mobiliser en mettant en place un processus ad hoc de coordination entre les grandes sociétés mathématiques. Pour contrer la SMF, Stone tente tout d’abord de proposer une voie plus formelle d’organisation, au travers de l’International Council of Scientific Union (ICSU) – qui succède à l’IRC à partir de 1931. Si cela permettrait de garder les Français loin du gouvernail, cela mettrait aussi Stone en position d’organiser la principale réunion de mise en place de la nouvelle Union plus près de son pays, au cours de la future assemblée générale de l’UNESCO à Mexico en novembre 1947. Dans un premier temps, cependant, Stone a besoin que l’ICSU lui donne son approbation lors de la réunion de son comité exécutif, tenue à Paris les 1er et 2 juillet, une semaine seulement après la réunion de la SMF. Tous les chemins menant à une nouvelle IMU passent donc, malgré tout, par Paris.

Tenue le 24 juin à la Maison de l’UNESCO, la réunion de la SMF capitalise sur l’afflux de mathématiciens étrangers provoqué par le programme de la Fondation Rockefeller de réinsertion de la France dans les réseaux de la science internationale96 : celui-ci inclut une série de colloques internationaux, donc deux en juin 1947, l’un en analyse harmonique et l’autre en topologie algébrique. Le topologue de Harvard, Hassler Whitney, qui participe à la seconde de ces manifestations, est institué comme le « représentant non officiel » des Américains à la réunion de la SMF – avant même la réunion, il manifeste sa crainte que la position du conseil de l’AMS sur l’adhésion universelle ne rencontre des « points de vue divergents » de la part des organisateurs français97. Stone, qui doit être à Rio de Janeiro pendant que ses homologues se réunissent à Paris, explique la situation à Whitney et lui donne des consignes détaillées ; il expédie ensuite une lettre à d’autres Américains en position d’influencer les discussions parisiennes, plaidant en faveur du parrainage de l’ICSU et d’une « Union vraiment [truly] internationale représentant tous les groupes nationaux et géographiques »98. Stone continue, dans le même temps, à faire directement pression sur l’ICSU99.

L’implication de la Fondation Rockefeller a pour conséquence que les Américains forment la plus grande délégation non française à la Maison de l’UNESCO. Les autres participants étrangers viennent d’Argentine, de Belgique, du Danemark, des Pays-Bas, de Pologne, du Portugal, de Roumanie, de Suède et de Suisse. Le directeur général adjoint de l’UNESCO, Walter Laves, accueille le groupe en rappelant « les deux principaux objectifs de l’Unesco : promouvoir l’entente internationale et le bien-être commun de l’humanité ». Notant « la longue tradition de coopération entre mathématiciens », Laves « les félicite de n’avoir jamais perdu de vue ce second principe ». Le premier principe, celui de l’entente internationale, a en mathématiques une histoire pour le moins plus mouvementée, tous pouvaient le reconnaître100.

La réunion, d’une durée de cinq heures, se poursuit par l’ouverture des lettres de soutien à une nouvelle Union de la part de l’Académie des sciences de Roumanie, d’un représentant bulgare, de l’Académie finlandaise des sciences, d’un professeur de Vienne et de l’Académie nationale d’Italie. Une dernière lettre, de Stone, désigne Whitney comme l’observateur des Américains tout en soulignant « que le temps a manqué pour envoyer un délégué officiel ». Le président français, Albert Châtelet, signale que des annonces ont été envoyées à Moscou, Belgrade et Londres, et « mentionne qu’un congrès mathématique se tiendra probablement en 1950 aux États-Unis ». Il énumère ensuite les objectifs de la future nouvelle Union en des termes conformes à la vision de Stone, mais avec des priorités différentes : organiser des symposiums et des collaborations, contribuer à « la réorganisation de la recherche dans les pays dévastés par la guerre », aider à développer les mathématiques « dans les pays où cela est nécessaire », renforcer les liens avec les autres unions scientifiques, promouvoir les séjours de recherche internationaux et publier des abstracts mathématiques.

Whitney suit la ligne fixée par Stone : il présente les résolutions de l’American Mathematical Society et exprime son soutien personnel à une organisation « sans interdiction d’adhésion pour quelque groupe national que ce soit ». D’autres sont plus combatifs. Une lettre lue à haute voix « au nom de mathématiciens britanniques » s’oppose « au rétablissement immédiat d’une union mathématique ». L’Américain Norbert Wiener lui aussi « est opposé à une telle union, au motif que les mathématiciens préfèrent les contacts personnels et informels aux relations officielles entre sociétés », ajoutant que « le congrès de Strasbourg de 1920 a fait plus de mal que de bien » et qu’il faudrait attendre « quelques années », quand « les gens pourront à nouveau réfléchir calmement », et alors seulement permettre « une participation générale [...] sans aucune discrimination ».

Le danois Harald Bohr, très respecté, est quant à lui sceptique quant au moment choisi, et avertit que sans l’URSS et la Grande-Bretagne, une union « ne pourra pas, dès le départ, être vraiment [truly] internationale ». Deux participants suisses, Michel Plancherel et Georges de Rham, conseillent dès lors d’attendre le congrès de 1950. Un troisième représentant suisse, Alexander Ostrowski, Ukrainien de naissance, craint « qu’un congrès tenu en Amérique [ne soit] composé de 80 % d’Américains et de 20 % d’Européens » tandis que « s’il se tenait en Europe, les proportions seraient respectivement de 25 % et 75 % » ; il suggère des règles électorales et politiques pour atténuer ce biais géographique101. Après quelques débats, Bohr prend de nouveau la parole pour souligner « la nécessité d’une union vraiment [truly] internationale, pour s’assurer qu’aucun groupe restreint ne puisse parler et prendre des décisions au nom de tous les mathématiciens ». Le délégué argentin – Manuel Balanzat, mathématicien d’origine espagnole et, à l’époque, résidant à Paris – ajoute qu’une Union pourrait aider ceux qui sont « éloignés des principaux centres scientifiques » à publier leurs ouvrages.

Une lettre est ensuite lue aux participants « indiquant le soutien de la Tchécoslovaquie, à condition que les représentants de l’Allemagne ne soient pas inclus ». Le mathématicien français Jacques Chapelon souligne que la participation britannique et soviétique est essentielle, et que les Allemands ne doivent pas être exclus « sauf dans certains cas individuels » car « il serait extrêmement désagréable de siéger dans une assemblée où n’importe qui est susceptible d’affirmer que “l’espace est aryen et le nombre de [sic] juif” ». La discussion se poursuit en s’attardant sur les mesures intermédiaires qui pourraient être prises, à l’Assemblée de l’UNESCO au Mexique, mais aussi ailleurs. Les mathématiciens votent ensuite « à l’unanimité, avec une abstention » la motion suivante : « la formation d’une union mathématique internationale est souhaitable » – mais seulement après que Whitney ait rappelé qu’ils votaient « à titre privé », et non en tant que représentants des sociétés nationales.

7. La voie de Paris

Le rapport de l’UNESCO sur la réunion de Paris est marqué par les désaccords et les ambivalences, même si les questions faisant consensus correspondent largement aux ambitions de Stone et de ses collègues ; mais cela, les acteurs américains absents de la Maison de l’UNESCO n’en ont pas connaissance. Le président de la SMF, Châtelet, écrit triomphalement à Kline au début du mois de juillet pour lui annoncer que l’unanimité s’est faite en faveur d’une Union relancée et pour suggérer une réunion (implicitement sous patronage français) en octobre, afin de faire avancer cet objectif102. En l’absence d’un document officiel ou d’un compte rendu préliminaire d’un participant américain, Kline ne dispose que du bref texte de Châtelet ; or celui-ci soulève chez lui de sérieuses inquiétudes au sujet de la centralité américaine dans l’opération. « En lisant entre les lignes », déclare Kline à Stone, à qui il transmet la lettre dans le courant du mois, « je m’attends à ce que les Français comptent sur le fait que les délégués européens présenteront un bloc uni lors de notre réunion de novembre » à Mexico103. Kline ignore que deux jours plus tôt, le président de l’ICSU a écrit à Stone avec des nouvelles qui mettent en péril la tenue même de la réunion de Mexico104 : il semble alors que l’insistance de Stone à passer par l’ICSU se retourne contre lui.

De fait, le secrétaire général de l’ICSU, l’astrophysicien de l’université de Cambridge F. J. M. « Chubby » Stratton, s’offusque du discours de Stone au sujet l’ancienne Union, et de la façon dont il interprète l’intérêt français pour en créer une nouvelle. Ayant participé en tant que secrétaire de la section « Mécanique, physique mathématique [et] astronomie » du congrès de 1912, et ayant été secrétaire général de l’Union astronomique internationale de 1925 à 1935, Stratton a une expérience directe des mathématiques internationales et des unions scientifiques de l’entre-deux-guerres. Son engagement dans l’abolition de l’exclusion allemande par l’IRC et dans la transformation du dit IRC en ICSU, amène Stratton à critiquer le révisionnisme de Stone et Kline, qui présentent la période de l’entre-deux-guerres comme une aberration, une rupture avec une ère antérieure de coopération internationale105. Ainsi, face aux efforts de Stone pour faire peser la responsabilité de l’exclusion allemande sur l’intransigeance française, Stratton répond catégoriquement en blâmant plutôt la politique à courte vue de l’IRC – éludant commodément le rôle de Picard et de ses alliés dans la mise en œuvre de cette politique.

Stratton accorde peu de crédit à Stone, lorsque celui-ci tente de décrire les Américains comme s’étant tenu à distance des conflits politiques de l’entre-deux-guerres. Au contraire, il suggère que la vision déplorable que Stone a des efforts français fait écho aux mêmes « souvenirs amers » qui ont provoqué l’échec de la première IMU. Admettant que seuls « des pays comme les États-Unis, sans comptes à régler » peuvent éviter la domination par l’une des parties en présence, Stratton critique la « peur des motifs politiques des Français » et s’inquiète davantage de la difficulté qu’il y a à impliquer les Soviétiques106. L’américain John A. Fleming, allié de Stone et président de l’ICSU, reste optimiste quant à la possibilité de maintenir une réunion au Mexique, mais s’accorde avec Stratton sur l’idée que les mathématiciens feraient mieux de régler leurs propres conflits avant que l’ICSU ne soit impliquée107. Si la perspective de luttes intestines entre mathématiciens est précisément l’une des principales raisons pour lesquelles Stone tente de passer plutôt par le biais de l’ICSU, du point de vue de l’ICSU, au contraire, cette ambiance de suspicion mutuelle prouve que les mathématiciens ne sont pas prêts pour son parrainage.

Cette tournure des événements amène Stone à douter de la possibilité d’un rétablissement de l’Union avant le Congrès de 1950108. Pour autant qu’il le sache, les deux réunions de l’été à Paris se sont avérées être un désastre pour ses objectifs. Il écrit alors des lettres presque identiques à Harald Bohr et W. V. D. Hodge, dirigeants de la Société mathématique du Danemark et de la London Mathematical Society, pour réaffirmer ses objectifs d’inclusivité internationale et l’importance de l’UNESCO109. Une troisième lettre écrite le même jour à Châtelet suggère que « le temps n’est pas tout à fait mûr pour la formation d’une Union mathématique internationale » 110. Un autre responsable de l’AMS, Arnold Dresden, se précipite quant à lui pour étouffer dans l’œuf le début d’attention médiatique que crée le communiqué de presse optimiste publié par l’UNESCO après la réunion de Paris111.

À défaut de pouvoir contourner ceux qu’il perçoit comme ses rivaux, Stone manœuvre de 1948 à 1950 pour réunir le plus de soutiens possible parmi les mathématiciens qu’il pense les plus sensibles à sa cause112. Pour que l’IMU soit relancée sous la direction de Stone et des Américains, commence à se profiler l’idée que cela devra apparaître comme un produit du congrès de 1950, et non pas réalisé en amont. Ce changement d’approche implique un nouveau rôle pour l’UNESCO : l’institution devra fournir la majeure partie du financement d’une réunion organisée à New York immédiatement avant le congrès, afin de jeter les bases d’une nouvelle Union, ainsi que des fonds supplémentaires pour les mathématiciens étrangers participant au congrès113. Des lettres envoyées par Morse et Kline à des délégués potentiels à travers le monde soulignent ce nouvel objectif, à l’appui de « [leur] espoir sincère qu’à la suite de cette conférence, sera établie une Union vraiment [truly] internationale, qui rendra possible une coopération réelle [real] sur les projets mathématiques pouvant être mieux traités sur une base internationale »114. Les organisateurs américains signalent finalement à l’UNESCO qu’une telle subvention « s’avère cruciale pour donner au congrès un caractère vraiment [truly] international »115.

L’argent et les infrastructures de l’UNESCO et de la Fondation Rockefeller jouent également un rôle essentiel dans l’une des conséquences les moins reconnues, mais les plus durables du congrès de 1950, et plus largement de l’approche de Stone : l’intégration de l’Amérique latine dans les réseaux internationaux des mathématiciens116. Pendant et immédiatement après la Seconde Guerre mondiale, les mathématiciens et les organismes de financement américains redirigent des ressources et des efforts jusque-là dédiés aux mathématiques européennes vers leurs voisins sud-américains, transformant des contacts fragmentaires en des échanges fréquents et approfondis. Stone est l’un des premiers et des plus fervents soutiens de ce basculement, entreprenant de nombreuses et longues tournées en Amérique latine, y compris celle de 1947 qui l’amène à Rio de Janeiro alors que la recréation d’une IMU est en discussion à Paris117. Ses liens personnels et professionnels avec la région sont évidents quand on regarde la liste des membres de la réunion d’organisation de l’IMU à New York, qui comprend des délégations officielles d’Argentine, du Brésil, de Cuba et d’Uruguay, tandis que six autres pays d’Amérique latine envoient des délégations officielles au congrès lui-même. Ce schéma se rejoue pour d’autres espaces : Stone s’appuie fortement sur ses contacts du temps de guerre et du début de l’après-guerre en Inde pour renforcer la place du sous-continent dans la structure de l’union118. Stone a dès lors une réponse toute prête à apporter aux Européens qui insisteraient pour que soient obtenues des assurances d’adhésion universelle de la part des centres traditionnels de mathématiques avant que soit lancée une nouvelle Union : le monde des mathématiques grandit, et l’adhésion européenne ne peut plus être la seule priorité. Extrapolant à partir de la relation antérieure des Américains avec les mathématiques allemandes, Stone et ses homologues attendent de leur nouvelle position qu’elle les aide à cimenter un important rôle culturel et institutionnel, dans la discipline à l’échelle internationale.

8. Préparatifs diplomatiques

Les arguments des organisateurs américains pour défendre leur hégémonie et lutter contre le leadership de la SMF reposent sur l’idée qu’eux seuls peuvent être garants d’un internationalisme non-exclusif, permettant à n’importe quel mathématicien d’y prendre part indépendamment de sa nation ou de ses positions politiques. Ils s’attendent néanmoins à ce que l’obtention de visas d’entrée soit un problème pour tous les délégués étrangers, en particulier allemands et japonais, soumis à des règles diplomatiques complexes. Les préoccupations sont les mêmes pour tous ceux dont l’activité politique passée ou présente pourrait éveiller les soupçons. Ceux qui ont des liens avec les mouvements communistes, en particulier, tombent en 1949-1950 dans un flou gênant, entre la montée de l’anticommunisme officiel et la mise en place de protocoles spécifiques pour les échanges scientifiques et culturels dispensant les visiteurs à court terme de vérifications politiques. Dans les faits, les organisateurs du congrès plaident activement en faveur de programmes et de procédures systématisant de tels échanges119.

Pour Norbert Wiener, l’idée même que les organisateurs du congrès puissent avoir besoin de travailler avec le Department of State est la preuve que les États-Unis sont inaptes à accueillir le congrès. Dans une lettre à Kline datée du 5 octobre 1948, il affirme que « si les participants doivent être passés au crible par une institution qui non seulement est intrinsèquement politique, mais qui en ce moment même développe, à l’échelle mondiale, une action politique intense qui touche toutes les questions culturelles, le congrès n’est pas, et ne peut pas être international dans le vrai sens du terme ». Wiener est « fermement opposé à la tenue d’un congrès dans de telles circonstances », de peur que cela ne devienne « une menace pour la bonne entente actuelle de la communauté internationale ». Par sa lettre, il rompt officiellement et préventivement « tout lien avec le Congrès » et répète « que le Congrès ferait mieux de ne pas se tenir »120. Mais au lieu de ce texte, Wiener semble avoir finalement envoyé à Kline une note plus mesurée, le 11 octobre, expliquant qu’il s’attend à être intégralement occupé par d’autres activités au même moment, ce que Kline accepte avec regret le 14 octobre121. Une nouvelle réponse du 18 octobre de Wiener (sans autre réponse conservée, donc peut-être elle aussi non envoyée) raconte la participation de Wiener au congrès de Strasbourg de 1920, son regret rétrospectif d’y avoir participé, le diagnostic par lequel il y voit un « acte politique du gouvernement français […] [afin] d’obtenir le contrôle politique permanent de la science par la formation d’une union mathématique internationale », et sa crainte que ses collègues américains ne répètent les erreurs de Strasbourg « dans ses aspects les plus maléfiques »122. Bien que non représentatives du point de vue de ses pairs au sommet des mathématiques américaines, les missives de Wiener révèlent un ensemble de références et de préoccupations qui pèsent sous une forme ou une autre sur les initiatives diplomatiques et les compromis des deux dernières années précédant le congrès de 1950.

Confiants dans l’idée que Dewey battra Truman lors de l’élection présidentielle américaine de 1948, Kline et Veblen ne posent que lentement les bases de négociations avec le Department of State, pensant que les hauts responsables risquent de changer avec la mise en place d’une nouvelle administration présidentielle123. Mais Truman conserve la présidence le 2 novembre 1948 et promeut Dean Acheson au poste de State Secretary en janvier 1949124. Kline et Veblen écrivent en février au bureau d’Acheson pour plaider en faveur d’un congrès « vraiment [truly] international », au sens où il admettrait tous les mathématiciens « professionnellement qualifiés », « quelle que soit leur nationalité » (y compris ceux « dont les gouvernements peuvent être considérés comme hostiles »), et sollicitent les conseils du Department of State pour « [les] aider à prendre les mesures nécessaires afin d’assurer le caractère international du prochain congrès »125. Cette formulation non exclusive est taillée sur mesure : il s’agit d’obtenir un soutien officiel dans les cas de visa controversés, l’idéal inclusif restant implicite, même s’il justifie l’existence même de leur demande. Acheson transmet leur lettre à un fonctionnaire de la division des conférences internationales du Department of State, que Kline et Morse ont déjà rencontré dans le cadre de l’Emergency Committee de 1946126.

Alors que les premiers préparatifs diplomatiques se concentrent sur le soutien aux ressortissants de pays en conflit avec les États-Unis, les organisateurs constatent rapidement que certains mathématiciens, quelle que soit leur nationalité, peuvent avoir des antécédents politiques qui compliquent leur participation. José Luis Massera, par exemple, est à la fois l’un des principaux mathématiciens uruguayens et un membre éminent du parti communiste127. Alors qu’il est bien connu aux États-Unis grâce, entre autres, à une bourse que lui a accordé la Fondation Rockefeller en 1947-1948, l’intention qu’a Massera de retourner aux États-Unis à la fois pour le congrès international et pour la réunion new-yorkaise de Stone est contrecarrée pour diverses raisons à la fois politiques et financières, que les organisateurs américains ne sont pas en mesure de résoudre. L’activité politique de Massera affecte en outre la façon dont les agents consulaires perçoivent son collègue Rafael Laguardia qui, après un refus de visa, parvient finalement à faire le voyage en obtenant à la dernière minute l’annulation du refus. Pour cela, Kline a dû mobiliser l’avocat de l’AMS à Washington (qui a plaidé devant le Department of State), la Fondation Guggenheim et le consul des États-Unis à Montevideo128.

Les problèmes des mathématiciens uruguayens restent en coulisse, connus seulement d’un petit groupe de mathématiciens, de diplomates et de fonctionnaires. Un épisode parallèle impliquant deux mathématiciens français suscite en revanche de nombreuses discussions aux États-Unis et en France, qui vont jusqu’aux menaces de boycott lorsqu’à l’approche du congrès leurs visas restent encore en suspens. Les mathématiciens en question sont Laurent Schwartz, étoile montante de la discipline qui a été candidat trotskyste aux élections législatives à Grenoble en 1945 et 1946, et Jacques Hadamard, l’un des patriarches des mathématiques françaises, engagé depuis longtemps à gauche129. La situation est d’autant plus complexe qu’il est prévu que Schwartz présenterait l’une des conférences sur invitation et reçoive la médaille Fields au cours du congrès, tandis qu’Hadamard en a été nommé président d’honneur.

Dès décembre 1948, Morse, président du comité qui a invité Schwartz, s’attend à ce que le jeune mathématicien « ait du mal à obtenir un visa »130. Schwartz vient alors d’être invité comme conférencier principal au congrès mathématique du Canada en 1949, et commence à recevoir des invitations d’institutions américaines d’élite (y compris l’Institute for Advanced Study, de Morse, et l’université de Chicago, de Stone) pour des séjours de durée variable, en conjonction avec son voyage transatlantique131. Dans ce contexte, les organisateurs du congrès quittent en mai 1949 une réunion au Department of State encouragés par l’attitude libérale de ce dernier et par des indices donnant à penser qu’une politique générale est alors en préparation concernant les congrès internationaux132. Au début du mois d’août 1949, cependant, les efforts de Schwartz pour obtenir un visa pour la partie américaine de son itinéraire reçoivent un refus officiel, la tentative maladroite de Stone de forcer la question dans les mois qui précèdent ayant sans doute été un facteur aggravant133.

Par conséquent, Schwartz limite son voyage au Canada ; aux États-Unis, ses hôtes potentiels commencent à s’inquiéter de sa participation au congrès international l’année suivante134. La lettre d’Henri Cartan à Hopf, citée dans l’introduction, est envoyée peu après l’annonce du refus de visa, et suggère qu’un boycott soit mis en place si la question des visas ne peut pas être résolue ou si le congrès ne peut pas être déplacé dans un autre pays135. À la fin du mois d’août, les problèmes de Schwartz sont devenus « une indication assez claire » pour les organisateurs du congrès de l’urgence qu’il y a à obtenir l’assurance qu’aucun mathématicien étranger ne sera tenu à l’écart, comme le souligne un membre du comité, « par notre Department of State » sur la base de ses idées politiques136.

Les difficultés de visa de Schwartz conduisent Stone à douter de la viabilité d’un congrès organisé par les États-Unis et à se dissocier de son organisation officielle, tout en continuant à travailler à la création d’une Union mathématique internationale. Relatant l’épisode à Laguardia alors que ce dernier fait face à ses propres problèmes de visa, Stone explique « à quel point cela [le] rend honteux et en colère » et poursuit : « depuis un an, je crois que le congrès ne devrait pas se tenir aux États-Unis en raison de l’attitude du gouvernement envers les scientifiques libéraux et radicaux des autres pays. Malheureusement, je n’ai exercé aucune influence sur le congrès et j’ai été forcé de rester spectateur, pendant que les incidents honteux se succèdent. »137 De fait, Stone exhorte les compatriotes de Schwartz à défier directement les organisateurs du congrès, et ces derniers se joignent à ses appels au déplacement « alors qu’il devient de plus en plus évident qu’un Congrès tenu aux États-Unis n’aura pas le caractère international que l’on souhaite lui donner »138.

Lors de sa réunion d’octobre, le comité d’organisation du congrès enregistre une requête officielle du bureau de la Société mathématique de France, demandant si « les chercheurs qualifiés » pourront être admis, « sans discrimination politique », sous réserve qu’il soit assuré que ces chercheurs « s’abstiendront de toute activité politique » lors de leur visite – une référence à peine voilée à l’affaire Schwartz139. L’ordre du jour de cette réunion comprend un vote pour demander les services d’un conseiller juridique spécialisé dans les négociations sur les visas ; le cas de Schwartz est en outre longuement discuté. En décembre, Kline commence à envisager les conséquences éventuelles d’un nouveau refus de visa pour Schwartz : si « pour des raisons indépendantes de notre volonté ou de nos capacités, nous ne pouvons obtenir l’admission de quelques individus », écrit-il à un collègue de confiance, Raymond L. Wilder, alors il ne faut pas que cela perturbe « l’espoir et la promesse d’une coopération internationale future entre mathématiciens » – et, plus spécifiquement, son congrès140.

À la fin de mars 1950, l’Immigration and Naturalization Service accorde un visa à Schwartz ; les Américains les plus impliqués dans la question apprennent la nouvelle à la fin du mois d’avril141. Concernant le cas d’Hadamard, beaucoup moins de documents sont disponibles, mais il est sûr qu’au début de 1950, il est devenu lié à celui de Schwartz et à la menace de boycott. Vers la fin du mois de juillet, le Français reçoit une décision négative du Department of Justice, ce qui incite Kline (qui est alors à Washington) à se rendre au Department of State pour demander une annulation, ce qu’il obtient de justesse142.

9. Conclusion : De vaillants efforts

Malgré l’absence totale de mathématiciens du bloc de l’Est à Cambridge, Massachusetts, cet été-là, l’activisme diplomatique des organisateurs américains leur permet d’affirmer qu’aucun effort n’a été épargné pour permettre à tous les mathématiciens du monde de se réunir. Dans le discours présidentiel par lequel il ouvre le congrès, Veblen reconnaît « que beaucoup de nos collègues les plus précieux ont été tenus à l’écart à la suite d’obstacles politiques et qu’il a fallu que le comité d’organisation déploie de vaillants efforts pour permettre à d’autres de venir »143. Le rapport de Kline revient longuement sur les efforts des organisateurs pour faciliter l’entrée des ressortissants étrangers, soulignant que la « non-présence » des mathématiciens de l’autre côté du rideau de fer « n’est pas due à une action du gouvernement des États-Unis », qui s’est finalement avéré « des plus compréhensif et serviable » vis-à-vis des tentatives des organisateurs « de maintenir la nature apolitique du Congrès »144. Mais comme le montrent clairement les difficultés uruguayennes et françaises, et malgré le compte rendu officiel de Kline, il n’y a aucun moyen de savoir avec certitude combien de mathématiciens auraient fait le voyage dans des circonstances politiques différentes, mais en ont été dissuadés.

Les « vaillants efforts » des organisateurs permettent de prouver l’engagement exceptionnel des États-Unis en faveur d’un congrès « vraiment [truly] international », même si certains ont pu être « tenus à l’écart » par d’autres. Kline fait de ce sujet un thème important de ses rapports aux mécènes du congrès. À la Fondation Rockefeller, il écrit « que le rassemblement était vraiment international dans le sens où les mathématiciens pouvaient être invités indépendamment des origines nationales ou géographiques » – célébrant là un internationalisme non-exclusif, et abandonnant l’idéal inclusif que les organisateurs ont manifestement échoué à atteindre145. On retrouve ici la double sémiotique des revendications à être « vraiment international » : avec emphase, Kline claironne un internationalisme qui lui permet de revendiquer d’importantes victoires morales, politiques et financières ; de façon ambiguë, la mise en place concrète de son internationalisme prend des formes diverses, s’adaptant aux nombreux obstacles insurmontables qui peuvent contrer ses ambitions.

Kline et Veblen saluent tous les deux le succès du congrès. Kline l’appelle « le plus grand rassemblement de personnes jamais réuni dans l’histoire mondiale pour parler de mathématiques » tandis que Veblen le qualifie plus modestement de représentatif d’« une très grande partie du monde mathématique », incluant « la plupart des courants de pensée mathématique que l’on peut discerner dans le monde aujourd’hui »146. Selon leurs propres calculs, les hôtes américains ont enregistré des délégations officielles de 45 pays (pas tous réellement présents) et des membres individuels représentant 39 pays en dehors des États-Unis et du Canada, dont 57 membres et 3 membres associés empêchés, et en comptant deux pays sans délégations officielles (l’Iran et le Nigeria)147. Les attributions de nationalités peuvent être quelque peu idiosyncrasiques : l’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande du Nord comptent séparément, tout comme certaines colonies britanniques ; l’« Allemagne » est considérée comme une entité unique, regroupant des institutions et des mathématiciens relevant de l’Allemagne de l’Ouest.

La représentation de l’Afrique dans les listes de membres et de délégués illustre bien la complexité que masquent les chiffres nationaux. Les membres attribués respectivement au Nigeria et à l’Égypte sont en réalité un Anglais, Frederick V. Atkinson, professeur à l’University College d’Ibadan mais enseignant à Oxford jusqu’à l’année précédente, et Karl H. Borch, un agent de liaison scientifique norvégien de l’UNESCO. Les trois membres ayant des adresses sud-africaines sont d’origine écossaise (James M. Hyslop), roumaine (Antares Parvulescu) et allemande (Herbert S. Sichel). Sur les trois délégués africains membres des délégations officielles, deux n’apparaissent pas dans la liste des membres (T.H. Fallows, pour le Soudan, et Ismail Ratib Bey, pour l’Égypte), et le troisième, Laurence Chisholm Young, est un mathématicien anglais d’origine allemande qui a quitté depuis 1948 l’Afrique du Sud qu’il est censé représenter pour poursuivre sa carrière aux États-Unis – il apparaît dans la liste des membres avec une adresse dans le Wisconsin. La position de l’Afrique dans le monde mathématique de Kline et Veblen est construite sur une extrapolation extraordinaire, principalement à partir d’une petite cohorte d’Européens qui y sont arrivés récemment. Leur statut comme membres et comme délégués – et donc représentants nationaux – dans un congrès et une discipline « vraiment internationaux » est profondément contingent, fondé sur un régime historiquement spécifique de visibilité, de mobilité, de représentation et de participation à une discipline dont les dimensions sont alors intensément renégociées.

Le Congrès international de mathématiques de 1950 façonne de manière décisive l’ordre international de la discipline après-guerre, à la fois par les liens personnels et intellectuels qu’il crée et remodèle et par les arrangements institutionnels qui s’y sont forgés (au premier rang desquels l’Union mathématique internationale). Il constitue le plus important effort des mathématiciens au début de l’après-guerre pour faire face à et se saisir de ce qu’est devenu leur discipline, dans son ensemble : ses théories, ses acteurs, ses institutions, ses nationalités, ses enjeux politiques et ses aspects pratiques. Son universalisme est alors, par nécessité, un universalisme de non-exclusion. Car ces mêmes aspects pratiques, enjeux politiques, questions de nationalités, institutions, acteurs et même théories rendent l’inclusion universelle impossible.

Les projets internationalistes ne se déploient jamais exactement comme leurs porteurs l’imaginent, et il importe de savoir à la fois comment les résultats diffèrent et comment leurs alternatives imaginées guident (ou ne parviennent pas à guider) ce qui finalement a lieu. Pour les Américains à l’origine de l’ICM de 1950 et de la nouvelle IMU, un bon ou un « vrai » internationalisme signifie souvent la poursuite agressive de la politique nationale, selon des perspectives qui échouent aussi souvent qu’elles réussissent. Cela signifie défendre avec emphase de grands idéaux tout en manœuvrant de manière opportuniste à travers de multiples ambiguïtés. Des inquiétudes d’après-guerre extrapolées à partir de la situation politique de l’entre-deux-guerres aux nouvelles éruptions d’anticommunisme américain et à l’émergence de la concurrence entre les superpuissances d’après-guerre, les mathématiciens constatent que le sens même et les implications de leurs internationalismes sont des guides imparfaits pour s’orienter dans les enjeux politiques complexes d’une discipline prétendument apolitique. Dès sa création, l’internationalisme mathématique d’après-guerre est un compromis né de nombreuses forces – un guide indiscipliné pour une discipline dont les idéaux des dirigeants dépassent régulièrement les pratiques.


  1. Oswald Veblen, « Opening Address of Professor Oswald Veblen », in Lawrence M. Graves, Paul A. Smith, Einar Hille et Oscar Zariski (dir.), Proceedings of the International Congress of Mathematicians, Cambridge, Massachusetts, U.S.A. August 30 – September 6, 1950, vol. 1, Providence, American Mathematical Society, 1952, p. 124-125, citation p. 125.↩︎

  2. John Robert Kline, « Secretary’s Report », in ibid., p. 121-145, citation p. 121.↩︎

  3. Lettre d’Henri Cartan à Heinz Hopf, 8 août 1949, Fonds Hopf, Archives de l’École polytechnique fédérale de Zurich (transmis à l’auteur par Reinhard Siegmund-Schultze).↩︎

  4. Ce travail rejoint largement la périodisation proposée par Karen Hunger Parshall, The New Era in American Mathematics, 1920-1950, Princeton, Princeton University Press, 2022. Parshall et moi-même avons pu échanger longuement au cours de nos recherches : elles se rejoignent sur un certain nombre de points tout en étant différentes du point de vue des thèmes les plus mis en avant, des sources mobilisées et des interprétations proposées. De manière générale, je renvoie à son ouvrage pour on compte deson point de vue sur la situation proprement américaine des mathématiques pendant cette période.↩︎

  5. Mark Weston Janis, « Jeremy Bentham and the Fashioning of “International Law” », The American Journal of International Law, 78 (2), 1984, p. 405-418.↩︎

  6. Voir Glenda Sluga, Internationalism in the Age of Nationalism, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2013 ; Glenda Sluga et Patricia Clavin (dir.), Internationalisms: A Twentieth-Century History, Cambridge, Cambridge University Press, 2016 ; Mark Mazower, « An International Civilization? Empire, internationalism and the crisis of the mid-twentieth century », International Affairs, 82 (3), 2006, p. 533-566 ; Manu Goswami, « Imaginary Futures and Colonial Internationalisms », American Historical Review, 117 (5), 2012, p. 1461-1485 ; Akira Iriye, Cultural Internationalism and World Order, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1997 ; Jessica Wang, « The United States, the United Nations, and the Other Post-Cold War World Order: Internationalism and Unilateralism in the American Century », in Ellen Wolf Schrecker (dir.), Cold War Triumphalism: The Politics of American History After the Fall of Communism, New York et Londres, New Press, 2004, p. 201-234 ; Keisha N. Blain, Set the World on Fire: Black Nationalist Women and the Global Struggle for Freedom, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2018.↩︎

  7. Akira Iriye, Global Community: The Role of International Organizations in the Making of the Contemporary World, Berkeley, University of California Press, 2002 ; Martin H. Geyer et Johannes Paulmann (dir.), The Mechanics of Internationalism: Culture, Society, and Politics from the 1840s to the First World War, Oxford, Oxford University Press, 2001 ; Mark Mazower, No Enchanted Palace: The End of Empire and the Ideological Origins of the United Nations, Princeton, Princeton University Press, 2009 ; Susan Pedersen, The Guardians: The League of Nations and the Crisis of Empire, Oxford, Oxford University Press, 2015.↩︎

  8. Voir Geert J. Somsen, « A History of Universalism: Conceptions of the Internationality of Science from the Enlightenment to the Cold War », Minerva, 46, 2008, p. 361-379 ; Elisabeth Crawford, Nationalism and internationalism in science, 1880-1939: four studies of the Nobel population, Cambridge, Cambridge University Press, 1992 ; Paul Forman, « Scientific Internationalism and the Weimar Physicists: The Ideology and Its Manipulation in Germany after World War I », Isis, 64, 1973, p. 150-180 ; Mark Walker, « The “national” in international and transnational science », British Journal for the History of Science, 45, 2012, p. 359-376 ; Robert Fox, Science Without Frontiers: Cosmopolitanism and National Interests in the World of Learning, 1870-1940, Corvallis, Oregon State University Press, 2016 ; Alexander Mitterle, « Making the global big: The academic roots of global size building », Globalisation, Societies and Education, 20, 2022, p. 463-478.↩︎

  9. Simone Turchetti, Néstor Herran et Soraya Boudia, « Introduction: have we ever been “transnational”? Towards a history of science across and beyond borders », British Journal for the History of Science, 45, 2012, p. 319-336 ; John Krige et Kai-Henrik Barth (dir.), Global Power Knowledge: Science and Technology in International Affairs, Chicago, The University of Chicago Press, 2006 ; Gabrielle Hecht (dir.) Entangled Geographies: Empire and Technopolitics in the Global Cold War, Cambridge (Mass.), The MIT Press, 2011 ; John Krige (dir.) How Knowledge Moves: Writing the Transnational History of Science and Technology, Chicago, The University of Chicago Press, 2019 ; Corine Defrance et Anne Kwaschik, dir. La guerre froide et l'internationalisation des sciences: Acteurs, réseaux et institutions. Paris: CNRS Éditions, 2016.↩︎

  10. Rebecka Lettevall, Geert Somsen, et Sven Widmalm (dir.), Neutrality in Twentieth-Century Europe: Intersections of Science, Culture, and Politics after the First World War, New York et Londres, Routledge, 2012 ; Ronald E. Doel, Dieter Hoffmann et Nikolai Krementsov, « National States and International Science: A Comparative History of International Congresses in Hitler’s Germany, Stalin’s Russia, and Cold War United States », Osiris, 20, 2005, p. 49-76, en particulier p. 66-76 ; Bruno J. Strasser, « The Coproduction of Neutral Science and Neutral State in Cold War Europe: Switzerland and International Scientific Cooperation, 1951-69 », Osiris, 24, 2009, p. 165-187.↩︎

  11. Par exemple Suman Seth (dir.) « Focus: Relocating Race », Isis, 105 (4), 2014, p. 759-814 ; Michelle Brattain, « Race, Racism, and Antiracism: UNESCO and the Politics of Presenting Science to the Postwar Public », American Historical Review, 112 (5), 2007, p. 1386-1413.↩︎

  12. Voir Herbert Mehrtens, « Modernism vs. counter-modernism, nationalism vs. internationalism: style and politics in mathematics 1900-1950 », in Catherine Goldstein, Jeremy Gray et Jim Ritter (dir.), Mathematical Europe: History, Myth, Identity / L’Europe Mathématique: Histoires, Mythes, Identités, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1996, p. 517-529.↩︎

  13. Voir Karen H. Parshall et Adrian Clifford Rice (dir.), Mathematics Unbound: The Evolution of an International Mathematical Research Community, 1800-1945, Providence et Londres, American Mathematical Society et London Mathematical Society, 2002 ; Olli Lehto, Mathematics Without Borders: A History of the International Mathematical Union, New York, Springer, 1998 ; Norbert Schappacher, Framing Global Mathematics: The International Mathematical Union between Theorems and Politics, Cham, Springer, 2022. Voir aussi David E. Rowe, « On Franco-German Relations in Mathematics, 1870-1920 », in Boyan Sirakov, Paulo Ney de Souza, et Marcelo Viana (dir.), Proceedings of the International Congress of Mathematicians – Rio de Janeiro 2018, vol. 3, Singapour, Sociedade Brasileira de Matemática et World Scientific, 2018, p. 4081-4096.↩︎

  14. Voir Michael J. Barany, « Integration by Parts: Wordplay, abuses of language, and modern mathematical theory on the move », Historical Studies in the Natural Sciences, 38, 2018, p. 259-299.↩︎

  15. À comparer avec en particulier Richard Beyler, Alexei Kojevnikov, et Jessica Wang, « Purges in Comparative Perspective: Rules for Exclusion and Inclusion in the Scientific Community under Political Pressure », Osiris, 20, 2005, p. 23-48.↩︎

  16. Sur les congrès scientifiques internationaux au tournant du siècle, voir Brigitte Schroeder-Gudehus, « Les congrès scientifiques et la politique de coopération internationale des académies des sciences », Relations internationales, 62, 1990, p. 135-148 ; Anne Rasmussen, « Sciences et sociabilités : un “tout petit monde” au tournant du siècle », Bulletin de la Société d’histoire moderne et contemporaine, 3-4, 1997, p. 49-57 ; Mary Jo Nye (dir.) The Question of the Atom: From the Karlsruhe Congress to the First Solvay Conference. 1860-1911. A Selection of Primary Sources, Los Angeles et San Francisco, American Institute of Physics et Tomash Publishers, 1984 ; Geert Somsen, « The princess at the conference: Science, pacifism, and Habsburg society », History of Science, 59, 2021, p. 434-460. Pour mieux connaître la petite communauté de mathématiciens correspondant à l’échelle internationale pendant cette période, voir Anne-Marie Décaillot, Cantor et la France : Correspondance du mathématicien allemande avec les français à la fin du XIXe siècle, Paris, Éditions Kimé, 2008.↩︎

  17. E. Hastings Moore, Oskar Bolza, Heinrich Maschke, et Henry S. White (dir.), Mathematical Papers read at the International Mathematical Congress held in connection with the World’s Columbian Exposition Chicago 1893, New York, MacMillan and Co., 1896, p. IX-XII ; ces actes contiennent également les contributions de mathématiciens étrangers, lues in abstentia.↩︎

  18. John Robert Kline, art. cit., p. 121.↩︎

  19. Ferdinand Rudio (dir.), Verhandlungen des ersten internationalen Mathematiker-Kongresses in Zürich vom 9 bis 11 August 1897, Leipzig, B.G. Teubner, 1898, p. 78.↩︎

  20. Sur ce point voir, à propos d’un congrès ultérieur, Christopher Hollings et Reinhard Siegmund-Schultze, Meeting under the integral sign? The Oslo Congress of Mathematicians on the eve of the Second World War, Providence, American Mathematical Society, 2020, p. 16.↩︎

  21. Ferdinand Rudio, « Über die Aufgaben und die Organisation internationaler mathematischer Kongresse / Sur le but et l’organisation des congrès internationaux des mathématiciens », in Ferdinand Rudio (dir.), op. cit., p. 31-42, en particulier p. 32-33 et 39.↩︎

  22. « Liste générale des membres », Ernest Duporcq (dir.), Compte rendu du deuxième congrès international des mathématiciens, tenu à Paris du 6 au 12 août 1900. Procès-verbaux et communications, Paris, Gauthier-Villars, 1902, p. 3-10 ; « Verzeichnis der Kongreßmitglieder », Adolf Krazer (dir.), Verhandlungen des dritten internationalen Mathematiker-Kongress in Heidelberg vom 8. bis 13. August 1904, Leipzig, B.G. Teubner, 1905, p. 11-23; « Elenco dei Delegati e dei Congressisti », Guido Castelnuovo (dir.), Atti del IV Congresso Internazionale dei Matematici (Roma, 6-11 Aprile 1908), vol. I. Relazione sul Congresso – Discorsi e Conferenze, Rome, Accademia dei Lincei, 1909, p. 7-20.↩︎

  23. « Part I. Report of the Congress », dans Ernest William Hobson et Augustus Edward Hough Love (dir.), Proceedings of the Fifth International Congress of Mathematicians (Cambridge, 22-28 August 1912), Cambridge, Cambridge University Press, 1913, vol. I, p. 7-66, en particulier p. 10-28.↩︎

  24. On trouvera une répartition géographique plus détaillée et d’autres notes méthodologiques dans Michael J. Barany, Distributions in Postwar Mathematics, Thèse de doctorat, Université de Princeton, 2016, p. 83-86.↩︎

  25. Laura E. Turner et Henrik Kragh Sørensen, « Cultivating the Herb Garden of Scandinavian Mathematics: The Congresses of Scandinavian Mathematicians, 1909-1925 », Centaurus, 55, 2013, p. 385-411.↩︎

  26. « Part I. Report of the Congress », dans Ernest William Hobson et Augustus Edward Hough Love (dir.), op. cit., p. 45.↩︎

  27. Laura E. Turner et Henrik Kragh Sørensen, art. cit, p. 397. Sur la mobilisation des mathématiciens pendant la Première Guerre mondiale, voir David Aubin et Catherine Goldstein (éd.), The War of Guns and Mathematics: Mathematical Practices and Communities in France and Its Western Allies around World War I, Providence, American Mathematical Society, 2014.↩︎

  28. Mittag-Leffler precise son point de vue dans, par exemple, sa letter à Lipót Fejér, du 29 novembre 1917, citée dans Joseph W. Dauben, « Mathematicians and World War I: The International Diplomacy of G. H. Hardy and Gösta Mittag-Leffler as Reflected in their Personal Correspondence », Historia Mathematica, 7, 1980, p. 261-288, p. 263. Au sujet des autres institutions scientifiques suédoises : Sven Widmalm, « “A superior type of universal civilisation”: Science as Politics in Sweden, 1917-1926 », dans Rebecka Lettevall, Geert Somsen, et Sven Widmalm (dir.), op. cit., p. 65-89 et Robert Marc Friedman, « “Has the Swedish Academy of Sciences… seen nothing, heard nothing, and understood nothing?” The First World War, Biased Neutrality, and the Nobel Prizes in Science », ibid., p. 90-114.↩︎

  29. Lettre de Gösta Mittag-Leffler à Niels Nørlund, 11 novembre 1918, citée dans Olli Lehto, op. cit., p. 14.↩︎

  30. Lettre d’Émile Picard à Gösta Mittag-Leffler, 22 février 1915, citée dans Elaine McKinnon Riehm et Frances Hoffman, Turbulent Times in Mathematics: The Life of J.C. Fields and the History of the Fields Medal, Providence, American Mathematical Society et Fields Institute, 2011, p. 109. Sur l’opposition de Picard aux mathématiques allemandes et sa réaction à la guerre, voir David Aubin, Hélène Gispert, et Catherine Goldstein, « The Total War of Paris Mathematicians », dans David Aubin et Catherine Goldstein, op. cit., p. 125-177, en particulier p. 143-144 ; Olli Lehto, op. cit., p. 16 ; Daniel J. Kevles, « “Into Hostile Political Camps”: The Reorganization of International Science in World War I », Isis, 62 (1), 1971, p. 47-60, en particulier p. 49 ; Elaine McKinnon Riehm et Frances Hoffman, ibid., p. 116-120 et sq. Sur l’exclusion des nations neutres, voir Daniel J. Kevles, ibid., p. 57-60. Voir aussi Anne Rasmussen, "Réparer, réconcilier, oublier : enjeux et mythes de la démobilisation scientifique, 1918-1925", Histoire@Politique, no 3, novembre-décembre 2007.↩︎

  31. Olli Lehto, op. cit., p. 15-33. Sur l’IRC et les organisations scientifiques de l’entre-deux-guerres, voir Nikolai Krementsov, International Science between the World Wars: The Case of Genetics, Londres, Routledge, 2005 ; Roger Fennell, History of IUPAC, 1919-1987, Oxford, Blackwell Science, 1994, chap. 2 et 3 ; Brigitte Schroeder-Gudehus, Les Scientifiques et la Paix: La communauté scientifique internationale au cours des années 20, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 1978 ; A.G. Cock, « Chauvinism and Internationalism in Science: The International Research Council, 1919-1926 », Notes and Records of the Royal Society of London, 37 (2), 1983, p. 249-288 ; Ludovic Tournès, « Jalons pour une histoire de l’internationalisme scientifique : le Conseil international des unions scientifiques et l’Union académique internationale » in Defrance, Corine, and Anne Kwaschik. La guerre froide et l'internationalisation des sciences: Acteurs, réseaux et institutions. Paris: CNRS Éditions, 2016, pp. 51-68.↩︎

  32. Émile Picard, « Le Congrès international de Mathématiques de Strasbourg », Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des sciences, 171, 1920, p. 589-591, cité dans Olli Lehto, op. cit., p. 33.↩︎

  33. Par exemple la lettre de Gösta Mittag-Leffler à Léo Königsberger, 20 décembre 1920, cité dans Joseph W. Dauben, art. cit., p. 274-275.↩︎

  34. Voir en particulier la lettre de Godfrey Harold Hardy à Gösta Mittag-Leffler, 7 janvier 1919, cité dans Joseph W. Dauben, art. cit., p. 264 ; Godfrey Harold Hardy, « The International Research Council », Nature, 107 (2682), 24 mars 1921, p. 107-108.↩︎

  35. Émile Picard, « Séance de clôture du congrès. Allocution de M. Émile Picard », in Henri Villat (dir.), Comptes Rendus du Congrès international des mathématiciens (Strasbourg, 22-30 Septembre 1920), Toulouse, Édouard Privat, 1921, p. XXXI-XXXIII, citation p. XXXI-XXXII.↩︎

  36. Voir Karen Hunger Parshall et David E. Rowe, The Emergence of the American Mathematical Community 1876-1900: J.J. Sylvester, Felix Klein, and E.H. Moore, Providence et Londres, American Mathematical Society et London Mathematical Society, 1994.↩︎

  37. Gabriel Koenigs, « Rapport de M. G. Koenigs, Secrétaire général du Congrès », in Henri Villat (dir.), op. cit., p. XXXIV-XXXIX, citation p. XXXV. Voir Raymond C. Archibald, A Semicentennial History of the American Mathematical Society, 1888-1938, New York, American Mathematical Society, 1938, p. 19; Olli Lehto, op. cit., p. 33-34. Au sujet de Dickson, voir Della Dumbaugh Fenster, « American Initiatives Toward Internationalization: The Case of Leonard Dickson », in Karen Hunger Parshall et Adrian C. Rice (dir.), op. cit., p. 311-334.↩︎

  38. Lettre de Godfrey Harold Hardy à Gösta Mittag-Leffler, 30 septembre 1921, cité Joseph W. Dauben, art. cit., p. 276.↩︎

  39. Lettre de W.E. Tisdale (qui rapporte les termes de Dickson) à Roland G. D. Richardson, 24 novembre 1922, et lettre de Roland G.D. Richardson à Oswald Veblen, 8 novembre 1922, AMS Records, boîte 21, dossier 83, cité dans Elaine McKinnon Riehm et Frances Hoffman, op. cit., p. 133-134.↩︎

  40. Raymond C. Archibald, op. cit., p. 19.↩︎

  41. Olli Lehto, op. cit., p. 34-37; Elaine McKinnon Riehm et Frances Hoffman, op. cit., p. 129-161.↩︎

  42. John Charles Fields (éd.), Actes du Congrès international de mathématiques tenu à Toronto, du 11 au 16 août 1924, Toronto, The University of Toronto Press, 1928, en particulier « Geographical Distribution », vol. 1, p. 48.↩︎

  43. Lettre de Salvatore Pincherle à Gösta Mittag-Leffler, 20 juillet 1926, cite dans Olli Lehto, op. cit., p. 44. Voir aussi Christopher Hollings and Reinhard Siegmund-Schultze, op. cit., p. 25-26.↩︎

  44. Résolution de l’American Mathematical Society votée le 1er janvier 1926, citée dans Olli Lehto, op. cit., p. 39.↩︎

  45. Voir Brigitte Schroeder-Gudehus, « Challenge to Transnational Loyalties: International Scientific Organizations after the First World War », Science Studies, 3 (2), 1973, p. 93-118.↩︎

  46. Olli Lehto, op. cit., p. 44-50 ; « Distribuzione dei Congressisti per Nazioni », in Nicola Zanichelli (dir.), Atti del Congresso Internazionale dei Matematici, Bologna 3-10 Settembre 1928, vol. I, Bologne, Società Tipografica già Compositori, 1929, p. 63.↩︎

  47. La structure de la participation au congrès d’Oslo est exceptionnelle à bien des égards, et les chiffres des actes semblent particulièrement peu fiables. Voir Christopher Hollings and Reinhard Siegmund-Schultze, op. cit., p. 59-60 et passim.↩︎

  48. Comme pour le tableau 1, on trouvera une répartition plus détaillée et d’autres notes méthodologiques dans Michael J. Barany, op. cit., p. 83-86.↩︎

  49. Voir Christopher Hollings and Reinhard Siegmund-Schultze, op. cit., p. 127-128 ; Olli Lehto, op. cit., p. 69-71 ; Fredrik Lange-Nielsen, Edgar B. Schieldrop et Nils Solberg (dir.), Comptes rendus du congrès international des mathématiciens, Oslo 1936, vol. 1, Oslo, A.W. Brøggers, 1937, p. 39.↩︎

  50. Loren Butler Feffer, « Oswald Veblen and the Capitalization of American Mathematics: Raising Money for Research, 1923-1928 », Isis, 89, 1998, p. 474-497 ; ead., « Mathematical Physics and the Planning of American Mathematics: Ideology and Institutions », Historia Mathematica, 24, 1997, p. 66-85 ; Karen Hunger Parshall, « “A New Era in the Development of Our Science”: The American Mathematical Research Community, 1920-1950 » in David E. Rowe et Wann-Sheng Horng (dir.), A Delicate Balance: Global Perspectives on Innovation and Tradition in the History of Mathematics, a Festschrift in Honor of Joseph W. Dauben, Cham, Birkhäuser et Springer, 2015, p. 275-308, en particulier p. 275-284 ; Reinhard Siegmund-Schultze, « The Emancipation of Mathematical Research Publishing in the United States from German Dominance (1878-1945) », Historia Mathematica, 24, 1997, p. 135-166 ; William Aspray, « The Emergence of Princeton as a World Center for Mathematical Research, 1896-1939 », dans William Aspray et Philip Kitcher (dir.), History and Philosophy of Modern Mathematics, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1988, p. 346-366 ; Karen Hunger Parshall et David E. Rowe, op. cit., chap. 4, 5 et 10.↩︎

  51. Fredrik Lange-Nielsen, Edgar B. Schieldrop et Nils Solberg (dir.), op. cit., vol. I, p. 46-47, 49. Voir Christopher Hollings and Reinhard Siegmund-Schultze, op. cit., p. 13-15 et p. 85, sur certaines ambiguïtés entourant la dissolution définitive de l’IMU.↩︎

  52. Voir en particulier les travaux du comité sur les congrès internationaux de mathématiciens, de Luther P. Eisenhart, et son rapport tel que corrigé par l’American Mathematical Society, conservé dans les Papers of Marston Morse, Harvard Depository HUGFP 106.10 [désormais Morse Papers], boîte 7, dossier « ICM – Analysis » (utilisé avec l’aimable autorisation des Harvard University Archives). Les versions annotées datant du mois de mars se trouvent dans Ms. 75, American Mathematical Society Records [désormais AMS Records], John Hay Library, Brown University, boîte 26, dossier 71.↩︎

  53. Journal de Warren Weaver, Rockefeller Foundation Archives [désormais RFA], Rockefeller Archive Center [désormais RAC], Record Group 1.1, Series 200D [désormais Rockefeller Projects: U.S.], boîte 125, dossier 1545. Voir Michael J. Barany, « Remunerative Combinatorics: Mathematicians and their Sponsors in the Mid-Twentieth Century », dans Brendan Larvor (dir.), Mathematical Cultures: The London Meetings 2012-2014, Cham, Springer International Publishing, 2016, p. 329-346, en particulier p. 329-330.↩︎

  54. Marshall H. Stone, « International Cooperation », Science, 94 (2432), 8 août 1941, p. 137-138.↩︎

  55. Voir par exemple la lettre de Bennington P. Gill à Roland G.D. Richardson, 9 avril 1937, AMS Records, boîte 26, dossier 48 ; lettre de Hermann Weyl à Roland G.D. Richardson, 12 avril 1937, AMS Records, boîte 26, dossier 50 ; Roland G.D. Richardson, « Memorandum on the Göttingen Invitation », AMS Records, boîte 26, dossier 55 ; lettre de Hermann Weyl à Roland G.D. Richardson, 10 mai 1937, et lettre de Roland G.D. Richardson à Hermann Weyl, 9 juin 1937, AMS Records, boîte 26, dossier 55.↩︎

  56. Lettre de Helmut Hasse à Marshall Harlan Stone, 15 mars 1939, cité dans Reinhard Siegmund-Schultze, « The Effect of Nazi Rule on the International Participation of German Mathematicians: an Overview and Two Case Studies », in Karen H. Parshall et Adrian Clifford Rice (dir.), p. 335-358, p. 341.↩︎

  57. Procès-verbal du 6 septembre 1939, AMS Records, boîte 15, dossier 17.↩︎

  58. Lettre de Marston Morse au Emergency Committee, 17 octobre 1945, Morse Papers, boîte 7, dossier « ICM – Emergency Committee » [désormais Morse Emergency Committee]. Sur cette question, voir aussi Karen H. Parshall, « Marshall Stone and the Internationalization of the American Mathematical Research Community », Bulletin of the American Mathematical Society, 46 (3), 2009, p. 459-482, en particulier p. 470-473.↩︎

  59. La composition officielle du comité est indiquée dans Lawrence M. Graves, Paul A. Smith, Einar Hille et Oscar Zariski (dir.), op. cit., p. 1-4. Les deux contrepoints à la domination du corridor nord-est sont les principales institutions de Californie et du Midwest, mais même ces mathématiciens ont des liens personnels et professionnels solides avec le nord-est. Sur la géographie de l’adhésion et de la direction de l’AMS, voir le chapitre de Simon Decaens et Samson Duran dans ce volume.↩︎

  60. Voir Nathan Reingold, « Refugee Mathematicians in the United States of America, 1933-1941: Reception and Reaction », Annals of Science, 38, 1981, p. 313-338, en particulier p. 316-319 ; Reinhard Siegmund-Schultze, Rockefeller and the Internationalization of Mathematics Between the Two World Wars: Documents and Studies for the Social History of Mathematics in the 20th Century, Bâle, Birkhäuser, 2001 ; id., Mathematicians fleeing from Nazi Germany: individual fates and global impact, Princeton, Princeton University Press, 2008 ; Sanford L. Segal, « War, Refugees, and the Creation of an International Mathematical Community », in Karen Hunger Parshall et Adrian Clifford Rice, op. cit., p. 359-380.↩︎

  61. Voir Alma Steingart, Conditional Inequalities: American Pure and Applied Mathematics, 1940-1975, thèse de doctorat, Massachusetts Institute of Technology, 2013, chap. 1 ; Michael J. Barany, « Remunerative Combinatorics… », art. cit.↩︎

  62. Hildebrandt fait référence à « tous les pays », mais rien ne suggère qu’il ait en tête des pays dépourvu de mathématiciens purs : lettre de Theophil Henry Hildebrandt à Marston Morse, 21 novembre 1945, Morse Emergency Committee.↩︎

  63. Lettre de Marshall Stone à Marston Morse, 23 octobre 1945, Morse Emergency Committee.↩︎

  64. « ICM Organizing Committee 8 Sept 1948 minutes », Morse Papers, boîte 7, dossier « ICM 1950 – Organizing Committee ».↩︎

  65. Lettre d’Einar Hille à l’Emergency Committee, 19 octobre 1945, Morse Emergency Committee, citant Jean Dieudonné. Sur ces dynamiques générationnelles qui marquent les mathématiques françaises, voir David Aubin, L’élite sous la mitraille: Les normaliens, les mathématiques et la Grande Guerre 1900-1925, Paris, Éditions Rue d’Ulm, 2018.↩︎

  66. « 13 Dec 1945 Council minutes », Minutes of Council and Meetings, London Mathematical Society Archive, De Morgan House [désormais LMS Minutes].↩︎

  67. Lettre de Torsten Carleman à Marston Morse, 13 juin 1946, Morse Emergency Committee.↩︎

  68. Lettre de Marston Morse à Paul Belgodère, 25 juin 1946, Morse Emergency Committee.↩︎

  69. Procès-verbaux de l’Organizing Comittee 28 décembre 1938 et du 6 septembre 1939, AMS Records ; lettre de Warren Weaver à Theophil Henry Hildebrandt, 22 octobre 1946, et lettre de Marston Morse à l’Emergency Committee, non daté, Morse Emergency Committee.↩︎

  70. « Conference on plans for International Congress of Mathematicians, State Department, September 20, 1946 », mémorandum, Harvard University Archives, UAV 561.8, Records of the Department of Mathematics: Correspondence and papers, boîte 16, dossier « International Congress Emergency Committee », [désormais Harvard Emergency Committee].↩︎

  71. Lettre de Marston Morse à l’Emergency Committee, non daté, Morse Emergency Committee.↩︎

  72. Lettre de Theophil Hildebrandt à Warren Weaver, 28 octobre 1946, Rockefeller Projects: U.S., boîte 125, dossier 1546.↩︎

  73. Correspondance de David Widder, James B. Conant, Dorothy Baum, Theophil Hildebrandt, John Robert Kline et Paul H. Buck, octobre 1946 – février 1947, Harvard Emergency Committee.↩︎

  74. Everett Pitcher, A History of the Second Fifty Years: American Mathematical Society, 1939-1988, Providence, American Mathematical Society, 1988, p. 148 ; John Robert Kline, art. cit., p. 121.↩︎

  75. Mémorandum de Kline joint à sa lettre à Warren Weaver, 29 octobre 1946, Rockefeller Projects: U.S., boîte 125, dossier 1546. Les citations et leurs attributions pour cette réunion sont tirées de ce texte.↩︎

  76. Lettre de Frank Smithies à Ralph Boas, 16 avril 1946, Fonds Frank Smithies, Bibliothèque de St. John’s College, université de Cambridge, dossier A10.↩︎

  77. Cela change rapidement, mais pas dans le sens espéré par Hlavatý, après le coup d’État communiste de février 1948.↩︎

  78. Il est difficile de savoir s’ils avaient des personnes précises à l’esprit, en évoquant ces « nazis notoires ». L’hypothèse selon laquelle des universitaires nazis ne seraient de toute façon pas en mesure d’obtenir des passeports ou des visas est partagée, par exemple, par les organisateurs du dixième congrès international de philosophie, aux Pays-Bas, dont les mathématiciens ont sollicité l’avis. Voir lettre de Evert Willem Beth à Marston Morse, 7 février 1947, Harvard Emergency Committee. Néanmoins, dès avril 1950, au moins un mathématicien, Alfred Bauer, réfugié allemand installé aux États-Unis pendant la guerre, hésite à assister au congrès en raison du risque de « moments embarrassants » impliquant des « nazis actifs », qu’il désigne nommément (voir Christopher Hollings et Reinhard Siegmund-Schultze, op. cit., p. 137-138). Un rapport non daté, conservée dans le Fonds Harold Davenport, DAVT A.130, Trinity College Library, Cambridge, Royaume-Uni, suggère que des tentatives ont été menées juste avant la fin de la guerre pour suivre les mouvements des mathématiciens nazis et collaborateurs, autant que ceux des réfugiés d’Allemagne, de France, et d’Italie.↩︎

  79. Lettre de Joseph Needham à Marston Morse, 13 novembre 1946, Harvard Emergency Committee. Sur UNESCO et la science, voir par exemple Chloé Maurel, L’UNESCO de 1945 à 1974, thèse de doctorat, Université Paris-Sorbonne – Paris I, 2006 ; Perrin Selcer, Patterns of Science : Developing Knowledge for a World Community at Unesco, thèse de doctorat, University of Pennsylvania, 2011.↩︎

  80. Ibid. Voir aussi la lettre d’Evert Willem Beth à Marston Morse, déjà citée, concernant d’autres entreprises de collecte d’information auprès de congrès plus précoces.↩︎

  81. Mémorandum de Marston Morse du 8 décembre 1946, jointe à la lettre de John Robert Kline à l’Emergency Committee, 19 décembre 1946, Harvard Emergency Committee.↩︎

  82. Marston Morse à John Robert Kline, 6 décembre 1946, Harvard Emergency Committee.↩︎

  83. Brouillon de lettre de Marston Morse à Sergeï Vavilov, 24 octobre 1946, et lettre de John Robert Kline à l’Emergency Comittee, 29 octobre 1946, Harvard Emergency Committee ; Brouillon de lettre de Marston Morse à Sergeï Vavilov, 24 octobre 1946 et 5 février 1947, Morse Emergency Committee. Les deux dossiers contiennent les discussions de l’Emergency Committee au sujet de la lettre en cours de rédaction. Sur Vavilov, dont le rôle dans les affaires soviétiques est souvent opposé à celui de son frère généticien Nikolaï, voir Alexeï Kojevnikov, « President of Stalin’s Academy: The Mask and Responsibility of Sergei Vavilov », Isis, 87 (1), 1996, p. 18-50.↩︎

  84. Cette tentative est documentée dans RFA, RAC, Record Group 1.1, Series 785, boîte 1, dossier 9. Voir aussi Reinhard Siegmund-Schultze, op. cit., p. 133, sur les liens entre Princeton, la Fondation Rockefeller et les mathématiciens soviétiques pendant l’entre-deux-guerres.↩︎

  85. Procès-verbal des réunions de l’Organizing Committee, 16 avril 1948, 29 avril 1949 et 29 octobre 1949, AMS Records, boîte 37, dossier 56. Sur les inquiétudes remontant à 1940 concernant la non-participation russe, voir Christopher Hollings and Reinhard Siegmund-Schultze, op. cit., p. 129. En raison d’une combinaison d’ignorance et d’indifférence, accentuée par les migrations à l’intérieur de l’URSS et les politiques linguistiques soviétiques, les mathématiciens américains ont alors tendance à utiliser le terme de « russe » pour toute personne originaire d’Union s oviétique, indépendamment de sa résidence, de son origine ethnique ou de sa langue. Voir Michael D. Gordin, Scientific Babel: How Science Was Done Before and After Global English, Chicago, University of Chicago Press, 2015, p. 220. Les chapitres 8 et 9 de cet ouvrage examinent plus largement la réception américaine des publications soviétiques en langue russe au début de la guerre froide. Au sujet de l’adaptation des mathématiciens américains à la politique linguistique soviétique, voir, par exemple, la lettre de Einar Hille et John Robert Kline à l’Office of Naval Research, 19 mars 1948, AMS Records, boîte 34, dossier 1. Sur les effets de l’anticommunisme américain, à son apogée en 1947-1949, voir Jessica Wang, « Science, Security, and the Cold War: The Case of E. U. Condon », Isis, 83 (2), 1992, p. 238-269.↩︎

  86. « Report of the Policy Committee to the AMS Council, May 5, 1947 », AMS Records, boîte 15, dossier112 ; extrait des Minutes of Committee on International Scientific Unions of National Research Council 19 avril 1947, joint à la lettre de John Fleming à Arnold Dresden, 27 août 1947, AMS Records, boîte 32, dossier 62. Sur les efforts de Stone pour reconstituer l’IMU, voir Karen Hunger Parshall, « Marshall Stone… », art. cit., p. 471-477. Sur les rapports entre Stone et le Policy Committee, voir Rockefeller Projects: U.S., boîte 127, dossier 1561 ; Marshall H. Stone, « American Mathematics in the Present War », Science, 100 (2607), 1944, p. 529-535 ; Michael J. Barany, « The World War II Origins of Mathematics Awareness », Notices of the American Mathematical Society, 64 (4), 2017, p. 363-367.↩︎

  87. « Report of the Policy Committee… », art. cit. Cette caractérisation « psychologique » ne plaît pas à tous les membres du conseil de l’AMS, ce dont témoigne la lettre de John Robert Kline à Robert Horton Cameron, 29 mai 1947, AMS Records, boîte 32, dossier 61.↩︎

  88. Voir Karen Hunger Parshall, « Marshall Stone… », art. cit., p. 472-473 pour une analyse de la correspondance de l’AMS sur ce sujet.↩︎

  89. Le chapitre 6, traitant de cette période, dans Elaine McKinnon Riehm et Frances Hoffman, op.cit., est ainsi sous-titré « The Golden Years ». Voir aussi Olli Lehto, op. cit., p. 7-14 ; Guillermo P. Curbera, Mathematicians of the World, Unite! The International Congress of Mathematicians: A Human Endeavor, Wellesley (Mass.), A.K. Peters, 2009, p. 9-54. Sur cette historiographie de l’« âge d’or », voir Brigitte Schroeder-Gudehus, « Probing the Master Narrative of Scientific Internationalism: Nationals and Neutrals in the 1920s », dans Rebecka Lettevall, Geert Somsen et Sven Widmalm (dir.), op. cit., p. 19-42.↩︎

  90. Mémorandum de John Robert Kline joint à la lettre de John Robert Kline à Warren Weaver, 29 octobre 1946, Rockefeller Projects: U.S., boîte 125, dossier 1546.↩︎

  91. Lettre de John Robert Kline à Robert Horton Cameron, 29 mai 1947, AMS Records, boîte 32, dossier 61.↩︎

  92. « J. R. Kline report on Policy Committee to Rockefeller Foundation », 8 juillet 1947, AMS Records, boîte 15, dossier 112.↩︎

  93. « Report of the Policy Committee to the AMS Council », 5 mai 1947, AMS Records, boîte 15, dossier 112.↩︎

  94. John Krige, American Hegemony and the Postwar Reconstruction of Science in Europe, Cambridge (Mass.), The MIT Press, 2006 ; Jorrit van den Berk et Frank Mehring, « Forging the American Century: World War II and the Transformation of US Internationalism », International Journal for History, Culture and Modernity, 7, 2019, p. 1038-1048.↩︎

  95. Témoignage de Marshall Stone au NRC-CISU le 19 avril 1947, joint à la lettre de John Fleming à Arnold Dresden, 27 août 1947, AMS Records, boîte 32, dossier 62.↩︎

  96. Lettre d’Albert Châtelet au président de l’AMS, 2 juin 1947, AMS Records, boîte 32, dossier 61. Voir aussi « International Meeting of Mathematicians Convened by the Société Mathématique de France », 4 août 1947, Børge Jessen Papers, Institute for Mathematical Sciences, université de Copenhague [désormais Jessen Papers], boîte 60, dossier « IMU: Genetablering ». Sur le programme Rockefeller, voir en particulier John Krige, op. cit., p. 95-96 et p. 110 ; Doris Zallen, « The Rockefeller Foundation and French Research », Cahiers pour l’histoire du CNRS, 5, 1989 ; ead., « Louis Rapkine and the Restoration of French Science after the War », French Historical Studies, 17 (1), 1991, p. 6-37.↩︎

  97. Lettre de Hassler Whitney à Marshall Stone, 7 mai 1947, AMS Records, boîte 32, dossier 61.↩︎

  98. Lettre de Marshall Stone à Hassler Whitney, 9 mai 1947, et lettre de Marshall Stone sans destinataire nommé, 11 juin 1947, AMS Records, boîte 32 dossier 61. Cette seconde lettre a été envoyée (selon la lettre de John Robert Kline à Marshall Stone du 11 juin 1947) à Hassler Whitney, Norbert Wiener et Raphael Salem du MIT, et Hermann Weyl de l’Institute for Advanced Study.↩︎

  99. Lettre de John Fleming à John Robert Kline, 24 juin 1947, AMS Records, boîte 32, dossier 61 ; remarques de John Fleming jointes à la lettre de John Fleming à Arnold Dresden, 27 août 1947, AMS Records, boîte 32, dossier 62. Dans ce dernier document, le président de l’ICSU, Fleming, emprunte à Stone son « principe de représentation de tous les groupes nationaux et géographiques ».↩︎

  100. « International Meeting of Mathematicians Convened by the Société Mathématique de France », 4 août 1947, Jessen Papers, boîte 60, dossier « IMU: Genetablering ». Les descriptions de la réunion sont tirées de ce rapport de l’UNESCO, qui paraphrase les discussions.↩︎

  101. Ces prévisions de participation pour le congrès de 1950 s’avèrent proche de la réalité, si l’on regroupe les Canadiens et les Américains d’une part, et les Européens avec les autres non-Américains d’autre part (ce que fait le secrétaire du congrès dans son tableau récapitulatif).↩︎

  102. Lettre d’Albert Châtelet à John Robert Kline, 7 juillet 1947, AMS Records, boîte 32, dossier 61.↩︎

  103. Lettre de John Robert Kline à Marshall Stone, 18 juillet 1947, AMS Records, boîte 32, dossier 61.↩︎

  104. Lettre de John Fleming à John Robert Kline, 25 juillet 1947, AMS Records, boîte 32, dossier 61.↩︎

  105. « Proceedings of the Sections », dans Ernest William Hobson et Augustus Edward Hough Love (dir.), op. cit., p. 46-63, citation p. 51. Voir aussi James Chadwick, « Frederick John Marrian Stratton, 1881-1960 », Biographical Memoirs of Fellows of the Royal Society, 17, 1961, p. 280-293.↩︎

  106. Lettre de Frederick John Marrian Stratton à John Fleming, 2 juillet 1947, joint à la lettre de John Fleming à John Robert Kline, 21 août 1947, AMS Records, boîte 32, dossier 62.↩︎

  107. Lettre de John Fleming à Marshall Stone, 16 juillet 1947, AMS Records, boîte 32, dossier 61 ; des copies sont envoyées aux autres membres du Policy Comittee.↩︎

  108. Lettre de Marshall Stone à Einar Hille, 26 août 1947, et lettre de Marshall Stone à John Robert Kline, 4 août 1947, AMS Records, boîte 32, dossier 61. Stone continue cependant à faire pression sur l’ICSU : lettre de Marshall Stone à John Fleming, 13 octobre 1947 et lettre de John Fleming à Marshall Stone, 6 octobre et 16 octobre 1947, AMS Records, boîte 32, dossier 63.↩︎

  109. Lettre de Marshall Stone à Harald Bohr et de Marshall Stone à William Vallance Douglas Hodge, 26 août 1947, AMS Records, boîte 32, dossier 63. Bohr répond le 17 septembre et Hodge le 2 octobre, en exprimant tous les deux leur accord.↩︎

  110. Lettre de Marshall Stone à Albert Châtelet, 26 août 1947, AMS Records, boîte 32, dossier 63.↩︎

  111. Lettre de Priscilla B. Wood à Arnold Dresden, 23 septembre 1947, AMS Records, boîte 32, dossier 63. Stone écrit le 18 décembre 1947 une lettre assez proche au comité du NRC chargé des relations avec l’Unesco, présidé par Bart Bok, pour minimiser les attentes de la même façon.↩︎

  112. Voir par exemple la réunion du conseil du 18 novembre 1948 de la London Mathematical Society, LMS Minutes, dont le compte-rendu évoque une lettre de Stone « suggérant qu’un comité représentatif de mathématiciens britanniques soit formé pour assurer le contact avec le comité américain ».↩︎

  113. Lettre de Garrett Birkhoff à Wang Ging-Hsi, le 10 novembre 1948 et lettre de Wang Ging-Hsi à Garrett Birkhoff, 18 octobre et 19 décembre 1949, UNESCO 51 A06 (73) « 50 ». Voir aussi, dans le même carton, la lettre de Jaime Torres Bodet à John Robert Kline, le 26 mars 1949, et la lettre Wang Ging-Hsi à Garrett Birkhoff, 23 février 1950.↩︎

  114. Lettre de Marshall Morse et John Robert Kline à Muhammad Raziuddin Siddiqi, 26 mai 1950, et à Damodar Dharmananda Kosambi, 1er juin 1950, Tata Institute of Fundamental Research Archives, Personnel files, dossier D-2004-00389, « Kosambi, DD 3 – 26/4/1950 to 6/12/1951 » [désormais TIFR Kosambi file], items 2 et 4.↩︎

  115. John Robert Kline, « Report on the International Conference of Mathematicians, Columbia University, New York City, U.S.A., 27–29 August 1950 », 28 mai 1951, document UNESCO NS/84, p. 73.↩︎

  116. Michael J. Barany, « Fellow Travelers and Traveling Fellows: The intercontinental shaping of modern mathematics in mid-twentieth century Latin America », Historical Studies in the Natural Sciences, 46 (5), 2016, p. 669-709, en particulier p. 674-681 ; id., « The Officer’s Three Names: The formal, familiar, and bureaucratic in the transnational history of scientific fellowships », in John Krige (dir.), Writing the Transnational History of Science, Chicago, University of Chicago Press, 2019, p. 254-280.↩︎

  117. Michael J. Barany, « Fellow Travelers… », art cit., et Karen Hunger Parshall, « Marshall Stone... », art. cit.↩︎

  118. Ces contacts sont manifestes dans les archives de Kosambi conservées au TIFR ; voir Michael J. Barany, « What is Internationalism for? Notes from the archives of Damodar D. Kosambi », Bhāvanā, 6 2022, p. 43-49.↩︎

  119. Voir par exemple la correspondance conservée dans AMS Records, boîte 35, dossier 83.↩︎

  120. Lettre de Norbert Wiener à John Robert Kline, 5 octobre 1948, Institute Archives and Special Collections, MIT Libraries, boîte 6, dossier 85 [désormais Wiener Papers].↩︎

  121. Lettre de Norbert Wiener à John Robert Kline, 11 octobre 1948, et lettre de John Robert Kline à Norbert Wiener, 14 octobre 1948, Wiener Papers.↩︎

  122. Lettre de Norbert Wiener à John Robert Kline, 18 octobre 1948, Wiener Papers.↩︎

  123. Lettre de John Robert Kline à Marston Morse, 25 octobre 1948, Morse Papers, boîte 7, dossier « ICM – Analysis ».↩︎

  124. Acheson joue alors déjà un rôle important dans la politique nucléaire des débuts de la guerre froide, et dirige quelques temps plus tard l’European Recovery Program – c’est-à-dire le « Plan Marshall ». Voir John Krige, op. cit. ; James Chace, Acheson: the Secretary of State who created the American world, New York, Simon and Schuster, 1998.↩︎

  125. Lettre d’Oswald Veblen et John Robert Kline à Dean Acheson, 19 février 1949, Morse papers, boîte 7, « ICM 1950 – Organizing Committee ».↩︎

  126. Lettre de John Robert Kline à Oswald Veblen, 8 mars 1949, AMS Records, boîte 35, dossier 83, avec en pièce jointe un document précisant le pouvoir discrétionnaire que se réserve l’administration pour autoriser l’admission de savants ayant obtenu des passeports de « gouvernements dominés par les communistes », en vue de visites temporaires à des « fins éducatives, culturelles et scientifiques de bonne foi ».↩︎

  127. Sur les liens de Massera avec les États-Unis et les conséquences complexes de ses engagements communistes, voir Michael J. Barany, « Fellow Travelers… », art. cit., p. 681-688.↩︎

  128. Lettre de Richard Courant à José Luis Massera, 8 mars 1950, lettre de José Luis Massera Massera à Marshall Stone, 22 juillet 1950, lettre de José Luis Massera à John Robert Kline, 4 août 1950, lettre de John Robert Kline à José Luis Massera, 15 octobre 1950, Archivo Privado José Luis Massera, Archivo General de la Universidad de la República, Uruguay, dossier 5A ; lettres de Rafael Laguardia à Marshall Stone, 3 mars 1950 et 4 et 15 août 1950, lettre de Marshall Stone à Rafael Laguardia, 4 et 14 août 1950, Archivo Privado Rafael Laguardia, Archivo General de la Universidad de la República, Uruguay [désormais Laguardia Papiers], boîte 18, dossier 9 ; lettres de Rafael Laguardia à John Robert Kline, 4, 8 et 16 août 1950, lettre de John Robert Kline à Rafael Laguardia, 8 août 1950, Laguardia Papiers, boîte 17, dossier 9.↩︎

  129. Sur le statut international de Schwartz à cette période, voir Michael J. Barany, Anne-Sandrine Paumier et Jesper Lützen, « From Nancy to Copenhagen to the World: The internationalization of Laurent Schwartz and his theory of distributions », Historia Mathematica, 44, 2017, p. 367-394. L’invitation de Schwartz et ses difficultés de visa dans le cadre du congrès de 1950 sont l’objet d’un travail en cours de l’auteur.↩︎

  130. Lettre de Marston Morse à Lars Valerian Ahlfors, Salomon Bochner, Griffith Conrad Evans, Theophil Hildebrandt, Einar Hille, John von Neumann, Hans Rademacher et Marshall Stone, 21 décembre 1948, Morse Papers, boîte 8, dossier « ICM – Select Speakers ».↩︎

  131. Par exemple : lettre de John von Neumann à Laurent Schwartz, 8 décembre 1948, Director’s Office: Member Files, The Shelby White and Leon Levy Archives Center of the Institute for Advanced Study, Princeton, boîte 125, dossier « Schwartz, Laurent »; lettre de Laurent Schwartz à Richard Courant, 27 décembre 1948, The Richard Courant Papers, MC 150, New York University Archives, boîte 79, dossier 18.↩︎

  132. « ICM Organizing Committee minutes October 29, 1949 », AMS Records, boîte 37, dossier 56.↩︎

  133. Lettre de Marshall Stone à Robert Oppenheimer, 22 juillet et 19 août 1949, IAS Member Files, boîte 125, dossier « Schwartz, Laurent ».↩︎

  134. Par exemple : lettre de John von Neumann à Laurent Schwartz, 10 octobre 1949, IAS Member Files, boîte 125, dossier « Schwartz, Laurent ».↩︎

  135. Lettre d’Henri Cartan à Heinz Hopf, 8 août 1949, art. cit.. Voir aussi lettre d’André Weil à Henri Cartan, 3 juillet 1950 ; lettre d’Henri Cartan à André Weil, le 11 juillet 1950, in Michèle Audin (ed.), Correspondance entre Henri Cartan et André Weil (1928-1991), Paris, Société Mathématique de France, 2011, p. 298-302, et la note 304.2, p.  602, de Michèle Audin.↩︎

  136. Lettre de Raymond Louis Wilder à John Robert Kline, 25 août 1949, AMS Records, boîte 35, dossier 48. C’est Wilder qui souligne.↩︎

  137. Marshall Stone à Rafael Laguardia, 4 août 1950, Laguardia Papiers, boîte 18, dossier 9.↩︎

  138. Lettre d’André Weil à Henri Cartan, 15 Juil 1949, Michèle Audin (ed.), op. cit., p. 263-264. Voir aussi les lettres d’André Weil à Henri Cartan des 15, 25 et 31 juillet 1949, ibid., p. 263-264 et p. 267-272.↩︎

  139. « ICM Organizing Committee minutes October 29, 1949 », AMS Records, boîte 37, dossier 56.↩︎

  140. Lettre de Raymond Louis Wilder à John Robert Kline, 2 décembre 1949 et lettre de John Robert Kline à Raymond Louis Wilder, 16 décembre 1949, AMS Records, boîte 35, dossier 48 ; voir aussi lettre de John Robert Kline à Raymond Louis Wilder, 16 décembre 1949, AMS Records, boîte 35, dossier 48, ainsi que la lettre de Raymons Louis Wilder à John Robert Kline, 19 décembre 1949, AMS Records, boîte 36 , dossier 4..↩︎

  141. Lettre de Watson B. Miller à Christian A. Herter, 28 mars 1950, copie conservée, avec une note de Laurent Schwartz à Robert Oppenheimer datée du 13 avril 1950, dans IAS Member Files, boîte 125, dossier « Schwartz, Laurent » ; lettre de D. L. Nicholson à J. Edgar Hoover, 4 avril 1950, FBI Schwartz File ; lettre de Marston Morse à John von Neumann, Hermann Weyl, Oswald Veblen et Robert Oppenheimer, 26 avril 1950, IAS Member Files, boîte 125, dossier « Schwartz, Laurent ».↩︎

  142. Lettre d’André Weil à Henri Cartan, 27 juillet 1950 ; lettre d’Henri Cartan à André Weil, le 31 juillet 1950 ; lettre d’Henri Cartan à André Weil, le 4 août 1950, dans Michèle Audin (ed.), op. cit., p. 306-309 et p. 313. Voir aussi la lettre de Marshall Stone à Damodar Dharmananda Kosambi, 10 juillet 1950, TIFR Kosambi, décrivant la situation comme toujours non résolue.↩︎

  143. Oswald Veblen, « Opening Address of Professor Oswald Veblen », dans Lawrence M. Graves, Paul A. Smith, Einar Hille et Oscar Zariski (dir.), op. cit., p. 124-125, citation p. 124.↩︎

  144. John Robert Kline, « Secretary’s Report », ibid., p. 122.↩︎

  145. Joint à la lettre de John Robert Kline à Warren Weaver, 22 février 1951, Rockefeller Projects: U.S., boîte 125, dossier 1546. Kline utilise déjà des termes presque identiques dans une lettre à Warren Weaver du 19 avril 1950, conservée dans le même dossier, à un moment où les lacunes de participation au congrès sont largement apparentes.↩︎

  146. Joint à la lettre de John Robert Kline à Warren Weaver, 22 février 1951, Rockefeller Projects: U.S., boîte 125, dossier 1546 ; Oswald Veblen, « Opening Address of Professor Oswald Veblen », dans Lawrence M. Graves, Paul A. Smith, Einar Hille et Oscar Zariski (dir.), op. cit., p. 124.↩︎

  147. « Opening Address of Professor Oswald Veblen », dans Lawrence M. Graves, Paul A. Smith, Einar Hille et Oscar Zariski (dir.), op. cit., p. 7-20 ; John Robert Kline, « Secretary’s Report », ibid. p. 135.↩︎